Les jolies choses – Virginie Despentes

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Les jolies choses - Despentes

Claudine et Pauline sont des sœurs jumelles que tout oppose. La première est très apprêtée, sexualisée à l’extrême, passionnée par son apparence et l’effet qu’elle produit sur les hommes. L’autre n’a que faire de sa féminité, et cultive son intelligence autant que son franc parlé.

Elles se détestent.

Un beau jour, Claudine a l’idée d’enregistrer un album. Sa sœur chanterait en studio, mais c’est elle qui bénéficierait du succès en faisant les interviews, les photos, la promo.

Essai n°1 en avant première d’un concert : la voix de Pauline est magnifique. Plusieurs maisons sont prêtes à la produire, au moment même où Claudine se suicide. Loin d’être endeuillée, Pauline vole l’identité de sa sœur, pour bénéficier de son carnet d’adresses, et empocher l’avance de l’album. Son objectif : partir avec l’argent dès que son amour, Sébastien, sortira de prison.

Pour duper l’entourage, elle se transforme. Talons hauts, maquillage, épilation, parfum, vêtements moulants aux couleurs flatteuses… La métamorphose la dégoute, puis lui fait entrevoir un pan de la vie de celle qu’elle a méprisé.

On retrouve un passage particulièrement bien décrit de harcèlement de rue. Les regards appuyés, les insultes, les agressions physiques, les hommes qui veulent la défendre non sans obtenir quelque chose en retour. Se déplacer moulée ainsi, limitée dans ses mouvements face à une hostilité brulante, relève de la performance.

Peu à peu, Pauline change de regard sur elle-même et sur son double. Claudine a profité de son corps de rêve, a assumé sa sexualité comme sa sœur n’a jamais osé le faire. Pourtant elle a souffert de la solitude, de ce qu’on ne la considère que comme une plastique. Tout comme Pauline a souffert de n’être qu’une tête.

Despentes aborde ici la dualité permanente subie par les femmes : belle mais conne ou intelligente mais laide. Respectable ou souillée. La mère ou la putain. Mais ne peut-on pas être les deux ?

Si j’ai accroché directement à Vernon Subutex, Les jolies choses m’a, au début, beaucoup déçue. 16 ans séparent ces deux romans, et cela se ressent sur le style, l’écriture.

Les phrases sont un peu décousues, pas toujours bien construites, et il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour en comprendre le sens.

L’histoire et les personnages sont posés trop rapidement dans le premier quart, donnant une impression de précipitation qui rend l’immersion difficile. Néanmoins, j’ai apprécié le fond du roman. Ces deux personnalités en apparence opposées, ne sont en fait que les deux phases d’une même pièce.

Les jolies choses est une ode à l’acceptation, à la réconciliation. C’est d’ailleurs du personnage de Nicolas que l’héroïne finit par s’éprendre, le seul n’ayant jamais cherché à les catégoriser l’une ou l’autre. Le seul a ne pas avoir essayé de limiter leurs personnalités.

Une lecture rafraichissante plus proche des réalités que de la morale, toujours écrite sur un ton rock’n roll et cru (véritables scènes de sexe décrites sans pincettes !)

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Vernon Subutex 3 – Virginie Despentes

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Vernon Subutex 3

Enfin !! Le dernier volume de la saga est sorti en poche il y a quelques jours, et je l’ai littéralement dévoré.

Dans le tome précédent, on découvre le contenu des cassettes laissées par la défunte rock star, Alex Bleach. Il y dénonce notamment le producteur Dopalet d’abus sur son ex-compagne, Vodka Satana, et d’être à l’origine du prétendu suicide de cette dernière.

Choquée par ces révélations, Aicha décide de venger cette mère qu’elle a peu connue. Avec l’aide de son amie Céleste, elle parvient à entrer chez le producteur, et tatoue le mot « violeur » en lettres capitales dans son dos.

Pour protéger les jeunes filles des représailles, la Hyène, traqueuse hors pair, les fait disparaître. Interdiction d’utiliser les réseaux sociaux et le téléphone : la discrétion est de mise.

On retrouve tous les personnages dans un tome 3 complètement explosif. Le rythme et les évènements s’accélèrent, surtout dans le dernier tiers. Le groupe réuni autour de Vernon connait ses premiers conflits, et Max, l’ancien manager de Bleach s’immisce peu à peu entre eux.

Dopalet, traumatisé par son agression, binge watch « Walking dead » entre deux rails de coke. En apparence affaibli, le bonhomme fait recouvrir son tatouage d’un samouraï et est bien décidé à obtenir vengeance. Coûte que coûte…

Temporellement, l’histoire du dernier volet se déroule quasi similairement à la nôtre. On retrouve les attentats du Bataclan qui ont paralysés la France et Paris, les manifestations de Nuit debout ou encore le mouvement zadiste contre l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Despentes dépeint des individus très différents, avec une justesse folle. L’un des nouveaux protagonistes est notamment une femme a l’origine d’un attentat. On assiste à ses derniers échanges avec son père, à son quotidien en campagne, et on découvre sa double identité sur un forum de jeux vidéos. Une histoire qui rappelle le film « Le ciel attendra« .

Les tournures que prennent ce tome sont totalement inattendues, et les dernières pages finissent en science fiction ! Des siècles plus tard, les convergences ont toujours lieues, bien qu’interdites, et la figure de Subutex est quasi prophétique.

Bref, Vernon Subutex est une fresque génialissime car réaliste. Lire ces bouquins c’est regarder un échantillon de la société au microscope, pour voir les liens qu’entretiennent des individus aux parcours variés.

Ces âmes chagrines – Léonora Miano

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ces âmes chagrines Léonora Miano

Antoine, dit Snow, habite Paris intra-muros. Cheveux peroxydés, look extravagant, il aime être vu. Son objectif dans la vie : réussir à être entretenu financièrement par les grand.e.s de la mode et du show-business.

Il ne s’en cache pas, Snow est antipathique. Les relations qu’il entretient doivent lui apporter un bénéfice. C’est donnant-donnant et chacun participe à la comédie.

Pour avoir bonne conscience, les stars apprécient côtoyer un noir, et le jeune homme tire profit de l’exotisme associé à sa couleur de peau pour être introduit dans les milieux fermés.

Il ne s’attache pas, utilise et jette à volonté.

Animé par la rancœur et l’amertume, Snow tente de panser une blessure profonde : l’abandon de sa mère, Thamar. Suite à sa rencontre avec un homme, elle s’est progressivement détachée de lui, le plaçant tour à tour en internat et chez sa mère au Mboasu.

Ballotté entre deux univers, le dandy ne lui pardonnera jamais. Il ira jusqu’à la regarder vivre dans la précarité et sombrer dans l’alcool, sans intervenir. Le mépris est le seul lien qui le relie encore à cette mère imparfaite, jusqu’à ce que son frère ainé décide de la ramener au pays…

« Ces âmes chagrines » est, comme souvent dans les romans de Léonora Miano, une histoire de pardon. Tout au long des évènements, Snow sera forcé à déconstruire l’armure qu’il s’est forgé et comprendre les choix familiaux difficiles. Un long chemin pour redevenir enfin Antoine, trouver sa place et construire sereinement son futur.

Comme toujours les personnages sont complexes et au fil des pages on perce leurs histoires soigneusement enfouies. La grand-mère Modi n’a pas toujours vécue dans la misère et est loin d’être aussi sage qu’elle le prétend. L’exemplaire grand-frère Maxime, croule sous les attentes pour souder la famille, quitte à maîtriser à l’extrême ses émotions avant de craquer de manière inattendue. Et Thamar, qui n’a jamais connu son père, a cherché désespéramment l’amour dans les bras d’hommes la considérant davantage comme une acquisition que comme une personne.

Toutes ces blessures individuelles impactent un jour ou l’autre l’entourage. « Ces âmes chagrines » invite à reconstituer le puzzle familiale, à poser les questions qu’on redoute pour obtenir les réponses qu’on attend. Un travail nécessaire pour appréhender sous un jour nouveau les caractères, les décisions, les tristesses et les peurs, avant que la mort nous en prive définitivement.

Chinoises – Xinran

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Xinran est journaliste en Chine. Pendant 8 ans, elle anime une émission à la radio, très appréciée par la population.

Un matin, elle reçoit une lettre de détresse. Un auditeur explique qu’une jeune fille maltraitée est retenue captive par un vieillard. Elle risque la mort, et l’homme lui demande d’user de son influence pour intervenir.

Scandalisée, Xinran contacte le bureau de la sécurité publique, et se heurte à l’indifférence. Selon l’officier, la situation est courante, sans grand espoir.

Au prix d’efforts acharnés, la journaliste parviendra à libérer la malheureuse, non sans s’attirer les foudres des villageois et des autorités locales.

Comme dans beaucoup d’autres pays, une vie féminine a moins de valeur que celle d’un homme. Ne mérite pas qu’on se mobilise ou s’insurge.
Cet évènement sera le déclencheur de son envie d’en savoir plus sur les femmes chinoises, leurs parcours, leurs difficultés.

Chinoises est un recueil de vrais témoignages, souvent très (trop) durs à lire. Je n’ai personnellement pas pu aller jusqu’au bout.

Rencontrées au hasard, fidèles auditrices, proches ou parfaites inconnues, les femmes parlent d’inceste, de viol, de mariage arrangé, de perte, d’abus de confiance. Mais aussi d’amour, d’engagement politique et d’homosexualité.

On en apprend beaucoup sur la situation politique du pays sous le régime communiste. Le déchirement des familles et des couples amenés à travailler dans des régions différentes, des années durant. L’impossibilité à secourir les victimes de séismes, car l’information n’était pas transmise par les médias. La pratique secrète de plusieurs religions. Les meurtres d’entrepreneurs au moment de la révolution culturelle.

Un ouvrage important qui donne la voix à celles qui n’ont pas pu la faire entendre. A lire le cœur bien accroché.

Crépuscule du tourment 1 – Léonora Miano

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Crépuscule du tourment 1 - Léonora Miano

Pendant des années, Amok a tenté de maîtriser un mal qui le rongeait. Une folie familiale nichée, selon lui, dans ses entrailles. Un soir, il commet l’irréparable et bat la femme qui partage sa vie, la laissant pour morte sur le sol. Incapable de se regarder en face, il disparaît sans laisser de traces.

Dans ce roman, 4 femmes s’adressent en pensées à lui, le fils, le frère, le conjoint et l’ancien amant. Chacune avec sa personnalité et son parcours, raconte celui qui a partagé un moment de leur vie. Elles parlent de lui, mais surtout d’elles-mêmes. Pour tenter de comprendre, dire ce qui n’a jamais été dit.

La mère évoque la colère d’Amok. Battue pendant des années par son mari, son fils ne lui a jamais pardonnée de ne pas être partie. « Madame » comme on l’appelle, n’a pas su le protéger de la violence. Pourtant, dans ce pays d’Afrique subsaharienne, le nom est ce qui compte le plus pour être respecté. Divorcer c’est laisser ses enfants sans cet héritage et leur fermer des portes.

Crépuscule du tourment ne justifie rien. Les choix ne sont jamais complètement bons au mauvais, et il est nécessaire de les remettre dans leur contexte.

J’ai adoré la complexité des personnages qui tentent de s’aménager une vie, avec les contraintes imposées par les traditions. Les relations de façade cachent également des histoires insoupçonnables. Le couple peut-être amical et non amoureux, le mariage n’implique pas toujours la vie commune, l’amoureux présenté peut différé de l’amoureuse fréquentée…

Ce qu’on voit n’est pas ce qui est, et c’est passionnant de découvrir les vraies histoires cachées derrières celles qu’on raconte.

Quand les femmes se dévoilent…

 

Contours du jour qui vient – Léonora Miano

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– Attention début de roman très violent ! –

Accrochée aux barreaux de son lit, Musango, jeune fille de 9 ans, est sur le point d’être brulée vive par sa mère. Autour d’elle, les villageois assistent à la tentative de mise à mort, sans intervenir.

La raison ? Musango ne serait autre qu’un enfant sorcier. Un être habité par le diable, responsable du malheur de son entourage.

Elle s’en sortira in extremis, mais sera chassée du village, abandonnée à son sort.

Léonora Miano nous plonge dans un pays d’Afrique équatoriale imaginaire, le Mboasu. Avec l’arrivée des colons, l’équilibre des ethnies à voler en éclats. Dès années après, les repères ont été brouillés, les rites bafoués, les langues balayées, l’organisation économique et sociale perturbée. Ne reste que la misère, la pauvreté, et le désespoir dû à un modèle imposé.

Face à tant de violences et d’injustices, chacun tente de trouver une explication. De rationaliser par un système de croyances complexe. « Ton mari te quitte ? Tu as été écarté.e de l’héritage ? Quelqu’un de proche a dû provoquer cela. Certainement l’un de tes enfants… »

A travers les yeux de Musango, on évolue dans cet environnement morcelé. Les descriptions sont très sensorielles. L’état des rues, l’abondance d’enfants seuls contraints à la violence, la faim qui tiraille le ventre, le rejet des adultes…

On découvre aussi l’envers du décors de certaines paroisses évangélistes. Derrière les pasteurs engagés, se cachent souvent de richissimes entrepreneurs, faisant fortune sur la détresse du peuple. Pour se garantir un avenir, beaucoup sont près à payer cher. Être le plus zélé, donner le plus d’argent, voire s’en remettre totalement à ces figures paternelles. C’est le cas de ces filles envoyées à l’étranger pour se prostituer, à qui on demande les ongles et les cheveux. Si elles ne font pas ce qu’on leur dit, ces attributs seront utilisés pour attirer le malheur, selon une croyance très forte.

Recueillie un temps par son institutrice, Musango devra survivre dans ce contexte hostile. C’est en rencontrant sa grand-mère maternelle qu’elle en saura plus sur celle qui a tentée de la tuer.

Car derrière l’Histoire se cache une histoire personnelle, qu’elle tentera de comprendre pour un jour, peut-être, pardonner, et enfin vivre sa vie de femme.

 

 

Vernon Subutex 2 – Virginie Despentes

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Dans ce tome 2, on poursuit les aventures de Vernon, récemment devenu SDF. Après avoir frôlé la mort, celui-ci plonge dans un état de transe, qui, contre toute attente, lui confère une aura quasi mystique.

Les personnages du premier volume qui n’avaient aucun point commun, se rassemblent autour de lui, et une harmonie finit par se créer. Chacun laisse de côté ses certitudes, ses différences et entreprend de réaliser un projet commun : aider Vernon, puis s’établir là où bon leur semble et organiser des fêtes géantes.

On découvre également le contenu des fameuses cassettes laissées par la star Alex Bleach, juste avant sa mort. Un testament après lequel beaucoup courent et qui ne sera pas sans conséquences une fois révélé…

Chaque chapitre est écrit d’un point de vue spécifique, et j’ai adoré le côté « relais » du récit. On assiste par exemple au passage à tabac d’un personnage, et le chapitre suivant, un autre s’habille pour se rendre à son enterrement.

Le récit est entrecoupé d’éclipses, et aborde des sujets multiples. Vengeance, acceptation, travail sur soi, déviances, solidarité, haine…

Le tout sans jugement, car une même histoire prend une toute autre teneur vue sous un autre angle.

Le dernier volet de la trilogie sort début mai en poche ! Vivement !

 

 

Vernon Subutex 1 – Virginie Despentes

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Pendant longtemps, j’ai pensé que les livres de Virginie Despentes étaient ultra trash. J’en ai plusieurs dans ma bibliothèque, jamais lus de peur de retomber sur un passage décrivant en détails une scène de viol.

Quand la libraire m’a recommandée Vernon Subutex en me présentant la trilogie comme une aventure rock’n roll d’un type à la dérive, je me suis laissée tenter.

Alors oui, Vernon Subutex 1, ça décape.
L’histoire tourne autour du personnage de Vernon, un ancien disquaire qui perd peu à peu le contrôle de sa vie, jusqu’à se retrouver à la rue. Autour de lui gravite de nombreux personnages, aussi différents les uns des autres.
On passe du scénariste frustré à une bourgeoise de gauche, d’une SDF bagarreuse à un jeune militant d’extrême droite, d’un trader sous coke à un vieux musicien violent, d’une ancienne actrice X à un transsexuel brésilien, d’un prof laïc à une ado musulmane, d’une « cybertraqueuse » à une mère de famille endeuillée, bref ! A chaque chapitre son personnage et son univers, avec le ton, le vocabulaire et l’esprit qui va avec.

C’est cynique mais sans parti pris. Chacun d’eux va avoir un lien avec Vernon. Surtout quand on apprend qu’il détient le témoignage d’une ancienne star du rock, décédée d’overdose…

Le roman se déroule quasiment dans la même temporalité que celle du lecteur. Si vous vivez à ou connaissez bien Paris, on y suit le personnage d’un bout à l’autre de la capitale, entre le 13ème et les Buttes-Chaumont. On reconnaît certains évènements récents et des habitudes propres à notre époque : se faire pourrir sur Facebook par un.e ex enragé.e, parler aux gens les yeux rivés sur son téléphone, voir les cabines téléphoniques disparaitre du jour au lendemain…

Sans que ce soit son intention, le roman nous met face à nos contradictions, nos petites (ou grandes) hypocrisies, nos fonctionnements imparfaits. Tous les personnages sont les différentes facettes de la société française, (ou peut-être de nous-mêmes) et certains sont clairement détestables.

Le style n’est pas sans rappeler celui de Chuck Palahniuk. C’est déconcertant, mais on se demande tellement sur qui on va tomber à la page suivante qu’on fini par dévorer le bouquin.

C’est parti pour le 2, dont la couverture est aussi flippante que le 1 !

L’envie – Sophie Fontanel

De quoi on parle ?, Egalité des genres et des sexes, Lectures

Comme « Une apparition« , « L’envie » est écrit sous forme de journal intime, de carnet d’observations. Ici, Sophie Fontanel interroge le rapport à la sexualité.

Elle retrace brièvement sa première « expérience » à 13 ans, un viol dont elle parle plus frontalement dans cette brillante interview. Une soirée où le flirt ne pouvait se conclure par un « non » pour ce touriste de passage à Paris. Et puis, le flou. La difficulté à mettre des mots dessus, même des années plus tard. Etais-je en droit de dire non ? Après tout je l’ai suivi à l’hôtel où il devait récupérer quelque chose. Je n’aurais pas dû. Il s’est déshabillé par jeu et j’étais fascinée par cette découverte du corps de l’autre.

Pourtant elle ne voulait pas aller plus loin, et l’a signifié. Elle n’avait pas idée des projets de cet homme de 23 ans son ainé. Quand doit-on du sexe ? Peut-on faire marche arrière ? Jamais, et, bien sûr. S’il n’y a pas consentement mutuel, il ne doit pas y avoir de rapport. On a le droit de changer d’avis avant, ou de vouloir arrêter pendant.

Dans ce roman, Sophie Fontanel décide de reprendre possession de son corps, de ses envies et de ses désirs. Trop de fois elle a dit oui pour faire plaisir, pour sauver une relation, ou par habitude d’être passive. Par habitude de ne pas savoir dire non.

Petit à petit elle apprend à s’écouter. A reprendre conscience d’elle-même. A associer les plaisirs à autre chose qu’au sexe. A reprendre le contrôle.

On la suit donc dans cette période d’abstinence voulue et on découvre avec elle les sensibilités qui peuvent affleurer notre corps ou en émaner. Un bain enveloppant, la fluidité d’un patineur entre les voitures, l’intimité avec un acteur seule à seul au cinéma, la tendresse d’un baiser ou d’un moment partagé.

Ne pas avoir de relations sexuelles n’est pas synonyme de vide. Mais la société parait l’avoir oublié. Son choix interroge, dérange, comme si la sexualité était une obligation, quelque chose qu’il fallait faire, presque plus pour les autres que pour soi.

Ce qu’on fait et ne fait pas doit-il être jugé ? Pourquoi nous comparez sans cesse ? Un roman sensoriel à lire pour s’interroger sur son rapport au corps, et redéfinir les frontières de ce qui nous appartient, et de ce qui appartient aux autres.

 

 

 

L’amie prodigieuse 3 – Elena Ferrante

De quoi on parle ?, Lectures

Je me suis pas mal identifiée aux personnages dans les premiers tomes. Elles traversent des moments de vie que j’ai moi-même vécu : l’enfance, l’adolescence, l’entrée dans la vie de jeune adulte. Mais comme tout le monde, elles vieillissent ! Lenù et Lila sont maintenant un peu plus âgées que moi, dans des situations que je ne connais pas. Toutes deux mariées, elles élèvent leurs enfants au mieux, l’une à Florence, l’autre à Naples.

Comme les précédents volumes, cet avant dernier tome aborde la question du choix et la difficulté à faire sa vie face aux contraintes extérieures.
Mais le poids de la condition sociale, illustrée au travers des personnages de la saga, change ici d’échelle. Les évènements de mai 68 amorcés en France, gagnent peu à peu l’Italie, et c’est toute une partie de la société qui veut faire entendre sa voix. On découvre les milieux bourgeois et cultivés porter les problématiques des ouvriers. Paradoxalement, ceux qui les vivent au quotidien ne peuvent vraiment protester car ils ont trop à perdre : leur emploi, sans lequel ils ne peuvent subvenir aux besoins familiaux. Lila – employée dans une fabrique de mortadelle – évoque les horaires interminables, les persécutions, le travail dans les chambres froides, mais surtout, la vulnérabilité des femmes. Régulièrement agressées sexuellement voire violées, elles sont la cible de harcèlements quotidiens. Son discours révolté auprès de connaissances bien placées rencontrera un succès immédiat, non sans la mettre en difficulté.

Lenù, quant à elle, prend enfin des risques. La vie confortable qu’elle a construite l’étouffe. Mariée à un homme dont le nom rayonne dans les milieux cultivés, elle pensait s’être enfin assurée le meilleur avenir possible et pourtant… Elle n’écrit plus, lit à peine, n’interagit avec personne et se retrouve à s’occuper de la maison et de ses enfants.
Poussée par sa belle-sœur engagée dans les mouvements féministes, elle s’intéresse de plus en plus à ces écrits prônant l’égalité femme-homme. Après avoir longtemps laissée de côté ses envies et vécu à travers Lila, elle décide de s’écouter quitte à tout envoyer valser. Une sensation qui fait particulièrement écho à mon histoire. Être sérieuse, faire des sacrifices pour réussir, plaire aux autres et avoir finalement l’impression d’être passée à côté des folies de la jeunesse, d’avoir trop fait taire ses pulsions.

Les deux protagonistes ne se comprennent plus et s’éloignent progressivement, mais au fond, ne peuvent se séparer. Car si elles semblent vivent des choses très différentes, elles sont finalement toutes deux en quête d’une vie à la hauteur de leurs espérances.

On se retrouve pour le tome 4 ?