L’art de perdre – Alice Zeniter

De quoi on parle ?

Reçu à Noël dernier, L’art de perdre trône sur mon étagère depuis près d’un an. Je me suis enfin lancée dans sa lecture et on peut dire qu’il n’a pas volé les prix qu’il a reçu.

Cette fresque retrace le parcours de plusieurs générations d’une même famille, dont l’histoire se partage entre l’Algérie et la France.

Le roman débute en dans les années 1930/40, lorsque l’Algérie était un territoire français. Ali est kabyle et vit dans un village perché sur les crêtes. Son quotidien est rythmé par la culture et la production d’olives, une activité qui lui vaut le respect de ses pairs, puisqu’il emploie et possède des terres. Son engagement dans la seconde guerre mondiale auprès des français lui octroie également une place particulière, notamment auprès des anciens combattants qu’il retrouve pour discuter et boire secrètement quelques verres d’anisette.

Pour lui, la cohabitation avec les français se passent sans heurts, bien que leurs habitudes diffèrent radicalement des siennes. Leurs manies de mesurer tout, l’espace, le temps, le dépasse. Leur entêtement à vouloir faire aller les enfants à l’école alors qu’ils doivent profiter de l’enfance avant d’apprendre à cultiver la terre, relève du non sens.

Ils ne cherchent pas à comprendre comment vivent les locaux, présents bien avant eux. Ils imposent leur mode de vie et méprisent tout ceux qui ne rentrent pas dans leur cadre. Pas tous, bien sûr. Claude, le gérant de l’épicier est comme un deuxième père pour son fils ainé Hamid. Peu importe après tout, Ali gardent ses pensées pour lui. Ce qui compte, c’est de mener son existence et de veiller sur les siens. D’être une figure sur laquelle on peut se reposer.

Mais ceux qui n’ont pas la chance d’avoir sa situation suffoquent. Les français exploitent les richesses des terres algériennes et en conservent les bénéfices. La colère gronde. Et peu à peu la révolte. Des mouvements naissent et s’organisent dans le maquis, réclamant une indépendance de leur pays. Le Général De Gaulle leur refuse dans un premier temps. Il y a trop à perdre.

Ce que l’on nommera le Front de Libération National (FLN), frappe fort. Des salons de thé occidentaux explosent. Des militaires, des fonctionnaires français sont tués. Des algériens aussi, qui, de près ou de loin, travaillent ou ont travaillé à leurs côtés. Les représailles sont toutes aussi violentes. Dorénavant il faut choisi son camp : avec nous ou contre nous. L’un et l’autre promettent des récompenses pour toute information utile : un nom, un lieu de rassemblement…

Ali se refuse à choisir. Il ne cautionne pas les meurtres du FLN. Comment justifier l’égorgement d’un ancien combattant algérien de la première guerre mondiale, accroché sur la place publique comme un vulgaire pantin ? Où est le respect dû à ce qu’il a vécu ? Son engagement auprès des français en fait de lui un traitre pour les indépendantistes. Il ne partage pas cette logique, et ne peut adhérer à ce projet dont il ne comprend pas les valeurs. Il ne rallie pas pour autant la cause française. Au fond, il veut vivre sa vie. Mais l’histoire en décidera autrement et fera de lui un harki, poussé à fuir son pays pour éviter la mort en 1962, date de l’indépendance de l’Algérie.

L’exil en France est brutal. Parqué dans des camps pendant des mois, Ali perd le contrôle. Lui, le patriarche, se voit supplier pour un morceau de pain. Son sort lui échappe, et peu à peu ce géant ploie sous l’humiliation et se mure dans le silence. Considéré comme un citoyen de seconde zone en France, et comme un traitre en Algérie, il survie. Il paiera toute son existence son absence de choix.

Le jugement le plus dur à encaisser est certainement celui d’Hamid. Arrivé à environs 8 ans, il grandi dans une cité qui n’a de fleuri que le nom, avec ses 8 frères et sœurs. C’est lui qui s’occupe de traduire les courriers à ses parents et de répondre aux appels importants. C’est sur lui aussi, que repose la prise en charge des devoirs de ses cadets. Il a commencé sa vie a courir dans le maquis algérien et la poursuit en lisant des BD de super héros, dans un coin de sa chambre partagée. Son père était son modèle là-bas. Ici, il peut lui mentir sur ses notes, sur ce qui se passe à l’école. Le pouvoir est inversé.

Et, plus il grandit, plus la politique le passionne. Il se plonge dans Marx et dans le socialisme. Il a honte que son propre père ait pu s’opposer à l’indépendance de l’Algérie. Au droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes. Du moins c’est ce qu’il croit, sinon pourquoi auraient-ils fui ? Pour en être sûr, il faudrait en discuter, mais Ali s’y refuse. Chaque fois, il entre dans une colère noire : « tu ne comprends rien, tu parles de ce que tu ne connais pas ».

Le temps passe. Et il deviendra père à son tour. Naïma est française. De l’Algérie elle n’a qu’une image vague. Pour elle, elle s’incarne à travers sa grand-mère, Yema. Ses gâteaux au miel, ses bijoux, quelques mots d’arabe. Hamid lui a appris à ne pas donner la date de l’arrivée en France. Elle sait qu’elle est descendante de harki, mais n’a pas conscience de ce que cela signifie. Sa réalité, c’est son travail dans une galerie d’art, sa vie avec ses colocs et son plan cul Christophe, le patron. L’Algérie n’est pas son pays. Pourtant tout le monde veut la rattacher à « ses origines ».

Peu l’importe. Jusqu’au jour où elle doit organiser la rétrospective de Lalla, un artiste algérien, et se rendre de l’autre côté de la Méditerranée pour récupérer ses œuvres. Ce voyage ne lui fera pas miraculeusement revenir la culture algérienne dans les veines. C’est impossible, et ce n’est pas le but. Mais il aura au moins le mérite de lui faire comprendre un pan de l’histoire familiale et de l’Histoire tout court, celle qu’on raconte partiellement, en omettant les évènements honteux, comme le massacre des harkis…

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Monsieur – Rohena Gera

De quoi on parle ?

Originaire d’un petit village d’Inde, Ratna travaille à Bombay chez le jeune fortuné Ashwin. C’est elle qui gère la maison, nettoie, prépare à manger et anticipe les besoins et envies de celui qu’elle appelle « Monsieur ».

Elle sait se faire discrète, et ne pose pas de questions quand Ashwin revient précipitamment de son mariage raté. Son travail, elle le fait bien, sans plaisir, mais toujours avec l’objectif de payer les études de sa sœur cadette. Elle veut pour elle ce qu’elle n’a pas eue : une chance de s’émanciper de sa caste.

Ratna a été mariée aussi vite qu’elle est devenue veuve. Et bien que cela soit mal vu dans sa société, elle prend cette situation comme une opportunité de liberté. Partir en ville permet à sa belle famille d’avoir une bouche en moins à nourrir, et grâce à l’argent qu’elle gagne, elle s’offre une indépendance quasi totale. Elle occupe même son temps libre à poursuivre sa passion pour la couture en prenant des cours.

Bref, Ratna prend à la fois en charge sa famille, tout en menant ses propres projets. L’opposé d’Ashwin qui a annulé son mariage avec une femme qu’il n’aimait pas, assiste son père sur un chantier qui ne l’intéresse pas, et tire progressivement une croix sur l’écriture de son roman. Elle vit pour elle, il vit pour les autres.

Pourtant, « Monsieur » vient de la caste la plus élevée d’Inde, et ne manque ni d’argent, ni de contacts.

Progressivement, un dialogue va s’instaurer entre les deux personnages qui ne faisaient que se croiser dans l’appartement. Ratna partage ses ambitions à devenir créatrice de mode. Ashwin voit en elle le courage et la détermination d’être qui l’on veut.

Un équilibre se crée, l’un encourageant l’autre comme il peut. Ashwin offre à Ratna une machine à coudre, et celle-ci lui confie qu’une union manquée ne marque pas la fin de l’existence.

La frontière entre les deux univers s’efface, laissant peu à peu naitre une histoire d’amour. Mais est-il possible de faire ses choix en dépit de toutes les règles strictes qui structurent le pays ?

La permission – Soheil Beiraghi

De quoi on parle ?, Egalité des genres et des sexes

Iran, 2015. L’équipe féminine de futsal remporte la demie-finale, après un travail acharné de plusieurs années. Prochaine étape, la Malaisie, pour jouer en finale et tenter d’être championnes de la coupe d’Asie.

Portée par la capitaine Afrooz, l’équipe est euphorique ! Elles célèbrent leur joie et postent des vidéos sur les réseaux sociaux. Avec leurs maillots rouge et leurs voiles, elles sont prêtes à embarquer et à montrer de quoi elles sont capables. Mais voilà qu’à l’aéroport, l’une d’elle se voit refuser l’accès à l’avion.

Afrooz est interdite de sortie d’Iran par son mari, Yaser Shahosein. C’est la loi, et Yaser la connait bien. Il a laissé sa femme voyagé dans tous les pays jusqu’à la finale, mais maintenant c’est terminé. Pourquoi ? Car cela fait plus qu’un an que sa femme a demandé le divorce, et il refuse cette décision. Il se venge.

Après avoir investi 11 ans de sa vie pour devenir athlète de haut niveau, la capitaine voit son équipe partir sans elle et son destin lui échappé. Il lui reste 4 jours avant le grand match, et elle compte mettre tout en œuvre pour parer cette injustice.

Mais les soutiens sont peu nombreux. La fédération sportive ne la soutient pas et lui conseille de minauder pour apaiser son mari. Son avocate engagée dans les droits des femmes fait tout son possible pour médiatiser l’affaire. Afrooz tente tout : céder aux avances sexuelles de son mari, crier pour faire avancer les choses, se filmer pour expliquer sa situation et déclencher des # de soutien, appeler en direct lors de l’émission de son mari pour dénoncer son hypocrisie. Tout. La capitaine de l’équipe a une force de caractère incroyable, loin de l’image qu’on se fait des femmes.

Elle n’hésite pas à se battre physiquement, ni à aller à l’encontre de ce qu’on attend d’elle : ne pas faire de vagues et laisser couler. Dans ce pays où elle a le droit de conduire, de se déplacer, de jouer un sport vu comme masculin, elle dépend toujours de l’homme. C’est lui qui paie son appartement, et qui décide du fin mot de l’histoire. De son histoire.

On ne peut que partager la rage de cette battante, surtout quand on sait que le film fait écho à la réalité de 8 athlètes, freinées ou stoppées dans leur ascension par des décisions similaires.

Les Filles du Soleil – Eva Husson

De quoi on parle ?, Egalité des genres et des sexes

Irak, novembre 2015, un groupe de femmes prend les armes pour aller libérer un village de l’invasion de Daech. Elles se nomment les Filles du Soleil, et sont prêtes à tout pour faire payer les terroristes qui leur ont tout pris.

Parmi elles, Bahar, ancienne avocate yézidie ayant fait ses études en France. Suivie par une photoreporter occidentale couvrant les évènements, elle raconte. Les hommes en noir venus exécuter les maris, les pères, les frères, devant ses yeux. Toutes les femmes et les petites filles raflées réduites en esclaves sexuelles, battues, violées tous les jours. Mises enceintes et humiliées. On les asperge d’eau froide, on les affame. Les garçons, eux, sont séparés de leur mère pour être entrainés au combat dans des écoles spécifiques.

Il n’y a pas d’images trop explicites mais la violence prend aux tripes. Je suis ressortie profondément marquée de la projection. En l’espace d’un instant tout bascule pour cette communauté persécutée, considérée comme « adorateurs du diable » par les djihadistes. Quelqu’un d’autre décide soudainement du destin de chacun de ses membres.

Revendues, certaines femmes parviennent parfois à s’échapper. On la sent, la peur. A chaque minute. Le risque qu’elles prennent pour demander de l’aide. Trouver un chargeur de téléphone, planquer la carte SIM dans ses gencives, s’enfuir pendant la prière en moins de 10 minutes, faire confiance à un passeur inconnu. Tout ça dans le silence, la rapidité. Le courage fou qu’il faut pour survivre et se sortir de l’innommable !

Et celui qu’il faut pour décider de combattre son ennemi… Elles n’ont plus peur de la mort. Ce qu’elles avaient à perdre, elles l’ont déjà perdu : le sommeil, la dignité, le respect, l’amour, la famille. Mais elles chantent toutes ensemble, ces anciennes captives, la tête couronnée de foulards à fleurs, prêtes à aller sur le champ de bataille. « La femme, la vie, la liberté ».

Beaucoup la perdront, la vie. Encore une fois, l’angoisse est palpable à chaque instant. Dans ce tunnel piégé de mines qu’elles traversent ou derrière ces carcasses de voitures qui les protègent faiblement des balles.

Elles avancent. On les craint, car une femme qui tue empêcherait supposément les terroristes de rejoindre le paradis.

La réalisatrice a souhaité mettre en scène une fiction. Les noms, les lieux exacts et les unités diffèrent de la réalité, éminemment complexe à raconter. Mais le massacre de la communauté kurde Yézidie est bien réel – le prix Nobel de la paix Nadia Murad en est la preuve. Les femmes captives puis combattantes aussi. Eva Husson s’est rendue sur le front, en Irak. Elle a échangé avec les meneuses de ces mouvements pour connaître leurs histoires. Pendant 3 ans, elle s’est documentée avec des journalistes et des historiens experts du sujet, ainsi qu’avec ceux et celles qui vivent et ont vécu la guerre contre l’État Islamique.

Ce film est poignant. Il m’a ramenée à la vulnérabilité d’être femme dans cette société, mais aussi à la force qui peut jaillir de chacune de nous face à la violence omniprésente.

Un homme ça ne pleure pas – Faïza Guène

De quoi on parle ?, Lectures

Mourad, jeune prof dans un collège de Seine-Saint-Denis, a grandi à Nice dans une famille algérienne. Le père parle peu, ne lit pas le français, et accumule au fond du jardin tous les objets qui « pourraient servir ». La mère cuisine pour 15, surprotège ses enfants et rêve d’un jardin aux haies bien taillées.

Malgré leur bienveillance et leur amour inconditionnel, ils font des erreurs – comme tous les parents – et imaginent un futur idéal pour leurs enfants. Mais tous n’y trouve pas leur compte…

Dounia, la sœur ainée, a fui le foyer le jour des attentats du 11 septembre. Étouffée par les projets de mariage, les tenues vestimentaires pré-choisies et le manque de liberté, elle a claqué la porte sans se retourner pour se construire un autre avenir. Mina, la cadette, se construit en opposition. Tout l’inverse : proche de sa mère, elle fait au mieux pour ne pas faire souffrir cette grande cardiaque, drama queen sur les bords.

Dounia deviendra engagée en politique et militante dans un mouvement féministe. Elle coupera tous les ponts avec sa famille. Plus d’appels, plus de visites, plus un mot. Pendant 10 années.

Sa sœur, elle, s’occupera de personnages âgées, se mariera tôt et donnera naissance à trois enfants, qu’elle confie régulièrement à sa mère, habitant à quelques mètres de chez elle.

Deux extrêmes que Mourad observe avec attention et parmi lesquels il tente de trouver sa place. Son plus grand cauchemar est de finir vieux garçon, obèse, avec les cheveux poivre et sel, entretenu par sa mère. Pour autant, il l’aime. Même s’il n’en peut plus de se faire engueuler dès qu’il n’appelle pas pendant deux jours… Comment trouver le juste milieu pour s’accomplir sans froisser ? Prendre les distances nécessaires pour vivre sa vie, sans rompre les liens ?

Délicates questions. Malgré les incompréhensions des choix des uns et des autres, le temps de la réconciliation devra sonner. Il faudra communiquer avant qu’il soit trop tard, et qu’on emporte les non-dits avec soi. L’AVC du « padre », comme ils l’appellent, poussera chacun à faire un pas vers l’autre et, qui sait, à entamer une réconciliation.

« Un homme ça ne pleure pas » aborde la nécessité d’exprimer les émotions, qu’on soit un homme ou une femme. Un thématique familiale dans laquelle beaucoup pourront se reconnaitre, doublée d’une fine observation du métier de prof, et les blessures que renferment les parcours de chacun.e.

Derrière le masque et l’orgueil se cachent la culpabilité et la tristesse. Est-ce qu’un fils ou une fille différent de ce qu’on avait imaginé n’est pas mieux que plus de fils ou de fille du tout dans sa vie ? Assurément.

Gabriële – Anne et Claire Berest

De quoi on parle ?, Lectures

En 1908, Gabriële Buffet a 27 ans. Partie poursuivre des études de musique à Berlin, débutées à Paris, c’est une femme indépendante qui détonne avec son époque et son milieu. Elle n’a pas d’enfant, pas de mari, et investit un domaine quasi exclusivement masculin, très misogyne.

Depuis ses 17 ans, la jeune femme a l’ambition de révolutionner la musique. Mais pas n’importe comment : en devenant compositrice ! Or, le Conservatoire national de Paris n’accepte que quelques femmes brillantes, en classe de solfège et de vocalisation. Certainement pas en composition. Gabriële échoue, le jury la refuse.

Devant la pression parentale à ranger son piano et ses rêves au placard, elle s’acharne et finira par intégrer la Schola Cantorum, une école accusée de compenser l’enseignement médiocre par le recrutement de filles pour survivre financièrement.

Là, c’est la révélation. Vincent d’Indy, le directeur de l’établissement, encourage une musique moderne, loin des codes préétablis. Il s’affranchit de la rigueur dispensée au Conservatoire et pousse ses élèves à appréhender le son de façon inédite. Pour fuir l’impératif du mariage de plus en plus pressent, Gabriële se rend en Allemagne, où elle fera la rencontre de personnalités inspirantes telles qu’Edgard Varèse.

Bref, tout allait bien. Sa carrière prenait forme. Elle aurait pu figurer aujourd’hui parmi les compositrices d’exception. Elle AURAIT pu. Car son destin a pris une toute autre tournure après sa rencontre avec Francis Picabia, un soir de septembre.

Fasciné par son intelligence et son regard différent sur les choses, il décide de l’épouser après quelques conversations enflammées sur la peinture. Cette femme va changer sa vie, il en est sûr. Elle trouve ses œuvres impressionnistes sans intérêt, là où le monde entier s’extasie devant l’artiste espagnol. C’est ce qu’il avait besoin d’entendre : Francis ne s’y retrouve plus et produit à la chaîne des tableaux sans âme, par amour de l’argent facile. Il a besoin d’un nouvel élan créatif, d’être bousculé, porté, poussé à révéler le meilleur de lui-même.

Voilà le nouveau rôle dans lequel Gabriële s’investira et excellera tout sa vie. Dénicher des talents hors pair, les soutenir, les accoucher. Littéralement. Paradoxalement, la nouvelle Mme Picabia aura 4 enfants dont le couple ne s’occupera pas. Ballotés entre les pays, ils sont fréquemment laissés chez des nourrices en Suisse. Ni l’un, ni l’autre ne leur manifestera une réelle attention. La maternité n’a jamais intéressée Gabriële. C’est arrivé, c’est tout. Son véritable enfant, c’est son mari.

Picabia trouve en son épouse la figure maternelle qui lui manque – sa mère étant décédée quand il était jeune – et Gabriële ne pouvant se réaliser pleinement en tant que femme dans cette société, s’accomplit à travers son mari, qu’elle façonne et contrôle comme une marionnette.

Un équilibre précaire et toxique qui fonctionne avec ses hauts et ses nombreux bas.

Francis a été diagnostiqué bipolaire dès les débuts de leur relation. Il alternera les phases de créativité intenses, d’euphories, d’achats de villas et de voitures de luxe sur un coup de tête, avec les moments de profonde dépression, de repli et de souffrance. Il rythme sa vie d’histoires de sexe débridées et de consommation de drogues à outrance – à l’époque légales et prescrites pour calmer les nerfs. Picabia est un excessif qui ne peut se passer du cerveau de Gabriële, même dans les situations incongrues.

Pour exemple, il lui demandera de trouver une excuse pour expliquer à sa maîtresse, la journaliste Germaine Everling, qu’il ne veut plus emménager avec elle. Tout en suppliant Gaby de la laisser venir habiter chez eux…

Épuisée par les fantaisies de son mari, Gabriële rentrera fréquemment se ressourcer en montagne, sans perdre de vue son objectif. Picabia doit produire coûte que coûte, même si elle doit pour cela lui passer ses caprices et mettre orgueil et fierté de côté. Elle qui se rêvait compositrice aura été cheffe d’orchestre de la carrière de son mari, composant avec les difficultés, trouvant toujours les accords justes pour que la mélodie perdure. On la croirait passive, mais la balle est dans son camp. C’est elle qui a le pouvoir et qui contrôle.

Mme Picabia est un génie au service de tous, sauf d’elle-même. On lui demande conseil sur tout. Très cultivée et pertinente, les hommes s’embrasent pour son cerveau érotique. Le livre développe notamment sa liaison avec Marcel Duchamp. Mais pas un seul – à part Guillaume Apollinaire avec qui elle développera une relation fraternelle – ne l’encouragera à retourner à la musique.

Un sacrifice consenti qui rend son histoire difficile a retracer. Outre sa volonté à s’effacer et à détruire tout ce qu’elle produira, sa descendance garde une mauvaise image de cette femme, peu concernée par sa famille. Anne et Claire Berest, les autrices de l’ouvrage, sont les arrières petites filles de la centenaire. Leur grand père était Vicente, le dernier né des Picabia. Mort d’une overdose à 27 ans, Gabriële fera exhumer son cadavre pour y mettre celui de Francis dans le caveau familial. Un acte qui en dit long…

Malgré ce geste violent, les autrices racontent avec le plus d’objectivité possible cette vie hors du commun. On en apprend également beaucoup sur les grands artistes du cubisme et du dadaïsme, entre New York, Paris, Berlin et la Lausanne, le tout entrecoupé par les deux guerres mondiales.

Déconcertant.

RBG – Betsy West et Julie Cohen

De quoi on parle ?

Depuis 1993, Ruth Bader Ginsburg est juge à la Cour Suprême des États-Unis. Pendant 1h30, le documentaire retrace le parcours singulier de cette personnalité engagée de 85 ans, affectueusement surnommée Notorious RBG – en référence au rappeur Notorious B.I.G.

Très jeune, Ruth est poussée à lire, à bosser et à ne pas jouer trop longtemps dehors. Immigrants juifs russes, ses parents veillent à son éducation, n’ayant pas eu l’opportunité d’accéder aux études.

Ça paie : elle sera l’une des neuf femmes sur 500 hommes, à rejoindre l’école de droit d’Harvard. Mais sa présence est constamment remise en question, illustrant à la perfection le phénomène du plafond de verre. Dans les milieux dits « masculins », les femmes sont confrontées à l’hostilité. Par des remarques déplacées constantes, elles sont encouragées à abandonner et à laisser le champ libre aux hommes. Le doyen de l’école leur demandera de justifier le fait qu’elles occupent la place d’un homme compétent. En cours, on ne les interroge pas, et quand elles prennent la parole, la moindre erreur est vue comme une preuve supplémentaire que les femmes ne sont pas à la hauteur.

Pourtant Ruth excelle. Elle sera publiée dans la prestigieuse revue juridique « Harvard Law Review » lors de sa deuxième année. Certains croient en elle, comme son mari Martin, rencontré à 17 ans. Un homme drôle, qui ne voit pas en l’intelligence de sa femme une concurrence dangereuse mais un formidable moyen de faire avancer le pays. N’hésitant pas à la suivre ou à assumer les tâches ménagères, il l’encouragera toute sa vie à se faire connaître. Car si cette bosseuse acharnée potasse jusqu’à 4h du matin après avoir gérer ses deux enfants, elle ne se bat pas pour être sur le devant de la scène. Un sentiment d’imposture peut-être ?

Souvent décrite comme timide, réservée, ses accomplissements relèvent du courage dans une société où les inégalités homme/femme sont qualifiées d’inexistantes ! Dans les années 70, les mouvements féministes dénoncent le sexisme quotidien, présents dans tous les aspects de la vie. RGB se saisira de plusieurs affaires, dont 6 passeront devant la Cour Suprême. Elle obtiendra 5 victoires. Parmi elles, le cas d’un père veuf suite à la mort en couche de sa femme, à qui on refuse la sécurité sociale réservée aux mères seules, ou une salariée de l’US Air Force qui ne bénéficiait pas de l’allocation logement en raison de son genre.

Les discriminations desservent tout le monde. L’avocate et juge se battera pour que les filles puissent intégrer les rangs de l’Institut Militaire de Virginie, réservé jusqu’alors aux hommes. Ses détracteurs sont nombreux. Des années plus tard, elle y fera un discours émouvant devant ces étudiantes qui lui doivent en partie leurs carrières.

Son engagement convaincra le président John Kennedy, qui fera d’elle la deuxième femme de l’histoire à devenir juge de la Cour Suprême. Représentant l’opposition, Ruth continue à faire entendre sa voix et à s’opposer aux conservateurs. Un rempart sous l’ère Trump, dont la pop culture s’est emparée pour en faire une icône.

Difficile de ne pas penser à Simone Veil en voyant ce documentaire ! Toutes les deux sont présentées comme sévères voire un peu froides par leurs enfants, mais très engagées dans les droits des femmes, notamment sur la question de l’IVG.

« Je ne réclame aucune faveur pour les personnes de mon sexe. Tout ce que je demande à nos frères, c’est qu’ils veulent bien retirer leurs pieds de notre nuque« . Inspirant.

Petit Pays – Gaël Faye

De quoi on parle ?, Lectures

Petite exception dans ma sélection de bouquins : un auteur ! Je ne suis pas fondamentalement opposée à présenter des écrivains, bien sûr. Mais on parle déjà beaucoup de ce que font les hommes dans notre société, et peu de ce que produisent les femmes. Et des modèles féminins inspirants, qui osent, font bouger les lignes ou s’insurgent, j’en ai besoin. J’ai besoin d’entendre et de lire ces multiples façons d’appréhender ce que, parfois, nous sommes les seules à vivre.

J’ai connu Gaël Faye par sa musique. Ses textes poétiques et puissants sur l’identité, la politique, la paternité ou l’amour m’ont bouleversée. Naturellement, quand j’ai su qu’il avait écrit un livre – couronné, qui plus est, du prix Goncourt des lycéens – j’ai filé à la FNAC.

Le petit pays de Gabriel, c’est le Burundi. Ce morceau d’Afrique dans lequel il grandit avec sa bande de copains inséparables. Ensemble, ils font les 400 coups. S’inventent des défis, volent des mangues bien mures dans les jardins, rêvent dans leur planque : le Combi Volkswagen du terrain vague. Ils y sont bien, dans une bulle protégée de l’extérieur. Ici, peu importe leurs histoires personnelles. Ils ne savent d’ailleurs presque rien des vies familiales des uns et des autres. Leurs préoccupations oscillent entre croquer du pili-pili, décapsuler des bouteilles avec les dents de devant ou pêcher au Cercle nautique. Leurs rires sont faciles.

Sauf que le monde extérieur et sa folie viendra grignoter leur univers. L’insouciance se fissurera pour laisser entrer des problématiques d’adultes, des préjugés malsains. Comme un venin qui se répand. Ce dont ils se foutaient devient soudain fondamental. Et toi, tu es Hutu ou Tutsi ? C’est sournois, la haine. Ça s’installe progressivement, dans une remarque, une blague, une petite provocation. Puis de plus en plus fréquemment. De plus en plus violemment. Des confrontations verbales, physiques et bientôt il faut choisir son camp : avec moi ou contre moi.

On ne sait pas vraiment pourquoi on déteste l’autre, mais l’effet de groupe devient insensé. Trop fort pour qu’on s’y oppose sans risquer sa peau. Les amis avec qui on riait hier deviennent ceux sur qui un jour, peut-être, on pointera une arme.

Les défis innocents pour souder la bande laissent place aux actes meurtriers pour prouver qu’on appartient à une ethnie. Faire payer.

Catapultés dans un monde d’adultes, les enfants s’arment de grenades, de kalachnikovs. Les blancs fuient. La guerre est là. Gabriel n’aura de cesse de se réfugier dans les livres prêtés par sa voisine grecque, pour fuir en imaginaire vers d’autres possibles. Jusqu’à l’irréparable…

Petit Pays est un récit sensoriel qui illustre le basculement du paradis à l’enfer, sans qu’on ne puisse identifier clairement la transition ; la blessure immense laissée par l’abandon de sa terre adorée, pour survivre. Ce livre est la toile de fond de l’album « Pili pili sur un croissant au beurre ». Une réussite glaçante.

Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels – Ovidie, Diglee

De quoi on parle ?, Lectures

Le sexe est partout. En trois clics on accède gratuitement à du porno. Toutes les 3 rues on est assailli de mannequins dénudés au regard lascif, supposés vendre du parfum. Même les paroles des chansons ou les clips invitent à parler cul.

En terrasse entre ami.e.s, il faut en faire des caisses. Combien de fois tu as baisé cette semaine ? Avec qui ? Dans quelle(s) position(s) ? Quoi tu n’aimes pas la fellation ??

Le sexe est devenu un impératif normé comme un autre, avec ses codes à respecter. Fellation/missionnaire/levrette/éjaculation faciale. Fin de l’histoire. Si ce n’est pas votre came, vous avez un problème. Circulez.

« Libres » est un manifeste qui nous invite à déconstruire cette pression supplémentaire et à nous poser des questions. A laisser de côté ce qu’on croit que les autres attendent d’un rapport et à se recentrer sur nous. Nos désirs, nos absences de désir, nos envies, notre rythme.

Ovidie, réalisatrice de documentaires et ancienne actrice X, et Diglee, dessinatrice, interrogent ce qu’on a trop intégré, au point de simuler une sexualité qui n’est pas la notre.

Voir et montrer plus de sexe fait-il qu’on en parle mieux ? Non. Les ébats avec une ou plusieurs femmes ayant leurs règles n’existent par exemple pas. C’est prétendument sale, là où les trois quarts des vidéos pornographiques mettent en scène des éjaculations masculines spectaculaires sans le moindre souci.

Les magazines féminins nous écrivent des bibles sur comment faire une pipe mais aucun ne parle de cunnilingus ou du facesitting. De même, il existe des fantasmes vu comme « cool », mais à sens unique. La sodomie sur les filles, pas de problème. Mais sur un homme c’est avilissant… Deux filles hétéros qui s’embrassent ? C’est excitant ! Mais un homme hétéro qui en embrasse un autre, c’est répugnant. Sans parler des clichés sur la sexualité homosexuelle. Deux lesbiennes sont forcément plus douces et ne peuvent pas faire grand chose sans pénis, bien sûr.

Les garçons sont encouragés à montrer leur sexe, à en être fiers. Les dicks pics sont légion, mais faire la même chose avec une vulve semble impensable. Souvent vue comme repoussante, beaucoup de jeunes filles ou de femmes en ont honte. Peu connaissent finalement leur anatomie, surtout quand ceux qui la représente la réduise à une fente.

J’ai le sentiment que cette sexualité relève davantage de la performance que du plaisir. Elle fait partie de la liste à cocher pour être « normal.e ». Voiture : check, poste de cadre : check, mariage : check, rapport sexuel d’une demi-heure tous les deux jours : check.

Il n’y a pas de mal à éprouver du plaisir dans cela, si c’est choisi. En revanche, si on n’a pas envie de faire des plans à 3, de tester tout le Kamasutra ou qu’on déteste lécher son/sa partenaire, ça ne fait pas de nous un.e coincé.e.

Les femmes sont trop éduquées à faire plaisir. A exécuter plutôt qu’à dire ce qu’elles veulent ou ne veulent pas. Faire semblant ne rend service à personne. On en ressort frustrées et on donne les mauvaises infos à notre/nos partenaire.s qui vont réitérer les mêmes « erreurs ».

Et puis ça rend fou, toutes ces injonctions contradictoires : aimer ça, mais pas trop, vouloir tout tester mais pas trop non plus. Être sexy, pas prude, mais pas non plus trop salope sinon on n’est pas respectables.

Les hommes quant à eux, focalisés sur la notion d’exploit, s’interdisent beaucoup. Faire jouir devient une obligation, davantage pour assurer sa virilité que pour l’acte en lui-même. Toutes ces méthodes pour « satisfaire ces messieurs en 10 conseils » reviennent également à dire qu’ils fonctionnent de la même façon. Ce ne sont plus des individus avec leur fonctionnement propre, mais de grandes catégories uniformes.

Pourtant, qui sait réellement que ce n’est pas parce qu’un homme éjacule qu’il a un orgasme ? Savent-ils vraiment en reconnaitre un chez leurs partenaires féminines ? Je vous invite à écouter ce podcast, une discussion ouverte et sincère ou 4 hommes se mettent à nu.

La culture du sexe met en avant des modèles, et exclut tout un panel du « marché de la baise ». Les mommy porn sont par exemple scriptés pour qu’une jeune héroïne naïve cède peu à peu aux fantasmes osés (mais pas trop) d’un homme riche et puissant. L’apiculteur, l’informaticien, ou le mec au RSA ne sont clairement pas érigés au rang de fantasmes. Comme pour le travail, on gomme nos particularités pour se conformer à ce qui est « bien ». Une imposture qui, en plus de nous rendre malheureux, nous rend interchangeable.

Bref, lisez ce livre/BD décomplexant pour prendre du recul et vous lâchez la grappe. Que vous ayez des poils ou pas, un.e partenaire ou pleins, que vous aimiez une sexualité douce ou plus brutale ou que vous n’ayez tout simplement rien envie de faire, vous êtes normal.e. C’est votre corps. Et si quelqu’un vous dit le contraire, assommez le avec ce manifeste. 😉

Dilili à Paris

De quoi on parle ?

Dilili est une petite fille noire, arrivée depuis peu dans le Paris de la fin 19ème. Elle rencontre Orel, un jeune triporteur, et tous deux partent à l’aventure pour résoudre un mystère : l’enlèvement de filles par les Mâles-Maitres, une secte malfaisante.

Au travers de leur périple, ils vont rencontrer d’éminentes personnalités de l’époque comme les sculpteurs/trices Camille Claudel et Rodin, l’ingénieur Gustave Eiffel, l’actrice Sarah Bernhardt, les scientifiques Marie Curie et Pasteur, le clown Chocolat, l’artiste Mucha, la cantatrice Emma Calvé… qui vont chacun leur donner des indices et faire progresser l’enquête.

Dilili à Paris est une film d’animation profondément féministe et antiraciste. Les femmes et les filles sont enlevées par des hommes, persuadés que l’ordre de la vi(e)lle est menacé depuis qu’on les autorise à s’instruire, à converser librement et à se déplacer. Pour punition, elles sont réduites en esclavage, forcées à marcher à quatre pattes et servent même de chaises humaines. Elles ne parlent pas et n’ont plus le droit de montrer leur visage.

Une situation qui fait écho à notre propre époque ou celles qui dérangent sont violentées, décrédibilisées ou muselées.

L’héroïne est intrépide, courageuse, drôle. Elle peut faire autant qu’un garçon. Quand Orel est mordu par un chien enragé, incapable de pédaler, c’est elle qui le sauve. « Je suis plus petite mais je vais y arriver. Tu m’as aidée, maintenant c’est mon tour ». On est bien loin de la princesse passive.

C’est aussi elle qui capture le premier Mâle-maitre. La presse refuse d’y croire et préfère interroger l’important prince de Grande-Bretagne, témoin de la scène. Plutôt que de profiter des grâces qui ne lui reviennent pas, il s’éclipse et redirige les journalistes vers la vraie vedette. Savoir rester à sa place et ne pas abuser de ses privilèges, est une belle leçon a tirer de cette scène.

Dilili subit aussi le racisme. Trop blanche dans son pays, on la trouve trop noire en France. On s’étonne de son français parfait – appris avec la féministe Louise Michel – ce qui donne lieu à des échanges improbables : « toi parler français ? Comprendre moi ? ». Exaspérée et piquante, Dilili ne se démonte pas et rétorque à ceux qui la traite de guenon que leur ressemblance avec le cochon est flagrante…

Le chauffeur raciste et sexiste finit d’ailleurs par apprendre de ses erreurs, en constatant l’étendu des dégâts provoqués par les « Mâles-maîtres ». Si ce mouvement violent l’a d’abord attiré, il s’est vite rendu compte qu’il desservait tout le monde, hommes y compris. Contraints à vivre en sous-sol, ils ne font qu’asservir et privent l’humanité de la moitié de ses talents. Il finira par s’unir à Dilili et Orel pour mettre un terme à ce « projet de société » dont il ne veut pas. Un espoir qui montre que l’égalité des sexes et des genres n’est pas que l’affaire des femmes.

Au fil de l’intrigue, la sororité s’installe et les femmes s’unissent pour trouver des solutions. Face aux autorités corrompues et parfois défaillantes, elles utilisent leur pouvoir pour venir en aide à celles qu’on opprime.

Meeting au sommet entre Louise Michel, Sarah Bernhardt et Marie Curie

Ce film d’animation de Michel Ocelot (connu pour Kirikou et la sorcière) est également un bijou esthétique absolu. Vivant à Paris, je m’extasiais sur chaque plan. L’Opéra Garnier, Montmartre, les rues… le mélange entre les personnages dessinés et les décors tirés de photographies réelles sont une réussite.

A voir absolument, et à montrer à tous et toutes dès le plus jeune âge pour « marcher debout et plus jamais à quatre pattes » !