Un homme ça ne pleure pas – Faïza Guène

De quoi on parle ?, Lectures

Mourad, jeune prof dans un collège de Seine-Saint-Denis, a grandi à Nice dans une famille algérienne. Le père parle peu, ne lit pas le français, et accumule au fond du jardin tous les objets qui « pourraient servir ». La mère cuisine pour 15, surprotège ses enfants et rêve d’un jardin aux haies bien taillées.

Malgré leur bienveillance et leur amour inconditionnel, ils font des erreurs – comme tous les parents – et imaginent un futur idéal pour leurs enfants. Mais tous n’y trouve pas leur compte…

Dounia, la sœur ainée, a fui le foyer le jour des attentats du 11 septembre. Étouffée par les projets de mariage, les tenues vestimentaires pré-choisies et le manque de liberté, elle a claqué la porte sans se retourner pour se construire un autre avenir. Mina, la cadette, se construit en opposition. Tout l’inverse : proche de sa mère, elle fait au mieux pour ne pas faire souffrir cette grande cardiaque, drama queen sur les bords.

Dounia deviendra engagée en politique et militante dans un mouvement féministe. Elle coupera tous les ponts avec sa famille. Plus d’appels, plus de visites, plus un mot. Pendant 10 années.

Sa sœur, elle, s’occupera de personnages âgées, se mariera tôt et donnera naissance à trois enfants, qu’elle confie régulièrement à sa mère, habitant à quelques mètres de chez elle.

Deux extrêmes que Mourad observe avec attention et parmi lesquels il tente de trouver sa place. Son plus grand cauchemar est de finir vieux garçon, obèse, avec les cheveux poivre et sel, entretenu par sa mère. Pour autant, il l’aime. Même s’il n’en peut plus de se faire engueuler dès qu’il n’appelle pas pendant deux jours… Comment trouver le juste milieu pour s’accomplir sans froisser ? Prendre les distances nécessaires pour vivre sa vie, sans rompre les liens ?

Délicates questions. Malgré les incompréhensions des choix des uns et des autres, le temps de la réconciliation devra sonner. Il faudra communiquer avant qu’il soit trop tard, et qu’on emporte les non-dits avec soi. L’AVC du « padre », comme ils l’appellent, poussera chacun à faire un pas vers l’autre et, qui sait, à entamer une réconciliation.

« Un homme ça ne pleure pas » aborde la nécessité d’exprimer les émotions, qu’on soit un homme ou une femme. Un thématique familiale dans laquelle beaucoup pourront se reconnaitre, doublée d’une fine observation du métier de prof, et les blessures que renferment les parcours de chacun.e.

Derrière le masque et l’orgueil se cachent la culpabilité et la tristesse. Est-ce qu’un fils ou une fille différent de ce qu’on avait imaginé n’est pas mieux que plus de fils ou de fille du tout dans sa vie ? Assurément.

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Gabriële – Anne et Claire Berest

De quoi on parle ?, Lectures

En 1908, Gabriële Buffet a 27 ans. Partie poursuivre des études de musique à Berlin, débutées à Paris, c’est une femme indépendante qui détonne avec son époque et son milieu. Elle n’a pas d’enfant, pas de mari, et investit un domaine quasi exclusivement masculin, très misogyne.

Depuis ses 17 ans, la jeune femme a l’ambition de révolutionner la musique. Mais pas n’importe comment : en devenant compositrice ! Or, le Conservatoire national de Paris n’accepte que quelques femmes brillantes, en classe de solfège et de vocalisation. Certainement pas en composition. Gabriële échoue, le jury la refuse.

Devant la pression parentale à ranger son piano et ses rêves au placard, elle s’acharne et finira par intégrer la Schola Cantorum, une école accusée de compenser l’enseignement médiocre par le recrutement de filles pour survivre financièrement.

Là, c’est la révélation. Vincent d’Indy, le directeur de l’établissement, encourage une musique moderne, loin des codes préétablis. Il s’affranchit de la rigueur dispensée au Conservatoire et pousse ses élèves à appréhender le son de façon inédite. Pour fuir l’impératif du mariage de plus en plus pressent, Gabriële se rend en Allemagne, où elle fera la rencontre de personnalités inspirantes telles qu’Edgard Varèse.

Bref, tout allait bien. Sa carrière prenait forme. Elle aurait pu figurer aujourd’hui parmi les compositrices d’exception. Elle AURAIT pu. Car son destin a pris une toute autre tournure après sa rencontre avec Francis Picabia, un soir de septembre.

Fasciné par son intelligence et son regard différent sur les choses, il décide de l’épouser après quelques conversations enflammées sur la peinture. Cette femme va changer sa vie, il en est sûr. Elle trouve ses œuvres impressionnistes sans intérêt, là où le monde entier s’extasie devant l’artiste espagnol. C’est ce qu’il avait besoin d’entendre : Francis ne s’y retrouve plus et produit à la chaîne des tableaux sans âme, par amour de l’argent facile. Il a besoin d’un nouvel élan créatif, d’être bousculé, porté, poussé à révéler le meilleur de lui-même.

Voilà le nouveau rôle dans lequel Gabriële s’investira et excellera tout sa vie. Dénicher des talents hors pair, les soutenir, les accoucher. Littéralement. Paradoxalement, la nouvelle Mme Picabia aura 4 enfants dont le couple ne s’occupera pas. Ballotés entre les pays, ils sont fréquemment laissés chez des nourrices en Suisse. Ni l’un, ni l’autre ne leur manifestera une réelle attention. La maternité n’a jamais intéressée Gabriële. C’est arrivé, c’est tout. Son véritable enfant, c’est son mari.

Picabia trouve en son épouse la figure maternelle qui lui manque – sa mère étant décédée quand il était jeune – et Gabriële ne pouvant se réaliser pleinement en tant que femme dans cette société, s’accomplit à travers son mari, qu’elle façonne et contrôle comme une marionnette.

Un équilibre précaire et toxique qui fonctionne avec ses hauts et ses nombreux bas.

Francis a été diagnostiqué bipolaire dès les débuts de leur relation. Il alternera les phases de créativité intenses, d’euphories, d’achats de villas et de voitures de luxe sur un coup de tête, avec les moments de profonde dépression, de repli et de souffrance. Il rythme sa vie d’histoires de sexe débridées et de consommation de drogues à outrance – à l’époque légales et prescrites pour calmer les nerfs. Picabia est un excessif qui ne peut se passer du cerveau de Gabriële, même dans les situations incongrues.

Pour exemple, il lui demandera de trouver une excuse pour expliquer à sa maîtresse, la journaliste Germaine Everling, qu’il ne veut plus emménager avec elle. Tout en suppliant Gaby de la laisser venir habiter chez eux…

Épuisée par les fantaisies de son mari, Gabriële rentrera fréquemment se ressourcer en montagne, sans perdre de vue son objectif. Picabia doit produire coûte que coûte, même si elle doit pour cela lui passer ses caprices et mettre orgueil et fierté de côté. Elle qui se rêvait compositrice aura été cheffe d’orchestre de la carrière de son mari, composant avec les difficultés, trouvant toujours les accords justes pour que la mélodie perdure. On la croirait passive, mais la balle est dans son camp. C’est elle qui a le pouvoir et qui contrôle.

Mme Picabia est un génie au service de tous, sauf d’elle-même. On lui demande conseil sur tout. Très cultivée et pertinente, les hommes s’embrasent pour son cerveau érotique. Le livre développe notamment sa liaison avec Marcel Duchamp. Mais pas un seul – à part Guillaume Apollinaire avec qui elle développera une relation fraternelle – ne l’encouragera à retourner à la musique.

Un sacrifice consenti qui rend son histoire difficile a retracer. Outre sa volonté à s’effacer et à détruire tout ce qu’elle produira, sa descendance garde une mauvaise image de cette femme, peu concernée par sa famille. Anne et Claire Berest, les autrices de l’ouvrage, sont les arrières petites filles de la centenaire. Leur grand père était Vicente, le dernier né des Picabia. Mort d’une overdose à 27 ans, Gabriële fera exhumer son cadavre pour y mettre celui de Francis dans le caveau familial. Un acte qui en dit long…

Malgré ce geste violent, les autrices racontent avec le plus d’objectivité possible cette vie hors du commun. On en apprend également beaucoup sur les grands artistes du cubisme et du dadaïsme, entre New York, Paris, Berlin et la Lausanne, le tout entrecoupé par les deux guerres mondiales.

Déconcertant.

RBG – Betsy West et Julie Cohen

De quoi on parle ?

Depuis 1993, Ruth Bader Ginsburg est juge à la Cour Suprême des États-Unis. Pendant 1h30, le documentaire retrace le parcours singulier de cette personnalité engagée de 85 ans, affectueusement surnommée Notorious RBG – en référence au rappeur Notorious B.I.G.

Très jeune, Ruth est poussée à lire, à bosser et à ne pas jouer trop longtemps dehors. Immigrants juifs russes, ses parents veillent à son éducation, n’ayant pas eu l’opportunité d’accéder aux études.

Ça paie : elle sera l’une des neuf femmes sur 500 hommes, à rejoindre l’école de droit d’Harvard. Mais sa présence est constamment remise en question, illustrant à la perfection le phénomène du plafond de verre. Dans les milieux dits « masculins », les femmes sont confrontées à l’hostilité. Par des remarques déplacées constantes, elles sont encouragées à abandonner et à laisser le champ libre aux hommes. Le doyen de l’école leur demandera de justifier le fait qu’elles occupent la place d’un homme compétent. En cours, on ne les interroge pas, et quand elles prennent la parole, la moindre erreur est vue comme une preuve supplémentaire que les femmes ne sont pas à la hauteur.

Pourtant Ruth excelle. Elle sera publiée dans la prestigieuse revue juridique « Harvard Law Review » lors de sa deuxième année. Certains croient en elle, comme son mari Martin, rencontré à 17 ans. Un homme drôle, qui ne voit pas en l’intelligence de sa femme une concurrence dangereuse mais un formidable moyen de faire avancer le pays. N’hésitant pas à la suivre ou à assumer les tâches ménagères, il l’encouragera toute sa vie à se faire connaître. Car si cette bosseuse acharnée potasse jusqu’à 4h du matin après avoir gérer ses deux enfants, elle ne se bat pas pour être sur le devant de la scène. Un sentiment d’imposture peut-être ?

Souvent décrite comme timide, réservée, ses accomplissements relèvent du courage dans une société où les inégalités homme/femme sont qualifiées d’inexistantes ! Dans les années 70, les mouvements féministes dénoncent le sexisme quotidien, présents dans tous les aspects de la vie. RGB se saisira de plusieurs affaires, dont 6 passeront devant la Cour Suprême. Elle obtiendra 5 victoires. Parmi elles, le cas d’un père veuf suite à la mort en couche de sa femme, à qui on refuse la sécurité sociale réservée aux mères seules, ou une salariée de l’US Air Force qui ne bénéficiait pas de l’allocation logement en raison de son genre.

Les discriminations desservent tout le monde. L’avocate et juge se battera pour que les filles puissent intégrer les rangs de l’Institut Militaire de Virginie, réservé jusqu’alors aux hommes. Ses détracteurs sont nombreux. Des années plus tard, elle y fera un discours émouvant devant ces étudiantes qui lui doivent en partie leurs carrières.

Son engagement convaincra le président John Kennedy, qui fera d’elle la deuxième femme de l’histoire à devenir juge de la Cour Suprême. Représentant l’opposition, Ruth continue à faire entendre sa voix et à s’opposer aux conservateurs. Un rempart sous l’ère Trump, dont la pop culture s’est emparée pour en faire une icône.

Difficile de ne pas penser à Simone Veil en voyant ce documentaire ! Toutes les deux sont présentées comme sévères voire un peu froides par leurs enfants, mais très engagées dans les droits des femmes, notamment sur la question de l’IVG.

« Je ne réclame aucune faveur pour les personnes de mon sexe. Tout ce que je demande à nos frères, c’est qu’ils veulent bien retirer leurs pieds de notre nuque« . Inspirant.

Petit Pays – Gaël Faye

De quoi on parle ?, Lectures

Petite exception dans ma sélection de bouquins : un auteur ! Je ne suis pas fondamentalement opposée à présenter des écrivains, bien sûr. Mais on parle déjà beaucoup de ce que font les hommes dans notre société, et peu de ce que produisent les femmes. Et des modèles féminins inspirants, qui osent, font bouger les lignes ou s’insurgent, j’en ai besoin. J’ai besoin d’entendre et de lire ces multiples façons d’appréhender ce que, parfois, nous sommes les seules à vivre.

J’ai connu Gaël Faye par sa musique. Ses textes poétiques et puissants sur l’identité, la politique, la paternité ou l’amour m’ont bouleversée. Naturellement, quand j’ai su qu’il avait écrit un livre – couronné, qui plus est, du prix Goncourt des lycéens – j’ai filé à la FNAC.

Le petit pays de Gabriel, c’est le Burundi. Ce morceau d’Afrique dans lequel il grandit avec sa bande de copains inséparables. Ensemble, ils font les 400 coups. S’inventent des défis, volent des mangues bien mures dans les jardins, rêvent dans leur planque : le Combi Volkswagen du terrain vague. Ils y sont bien, dans une bulle protégée de l’extérieur. Ici, peu importe leurs histoires personnelles. Ils ne savent d’ailleurs presque rien des vies familiales des uns et des autres. Leurs préoccupations oscillent entre croquer du pili-pili, décapsuler des bouteilles avec les dents de devant ou pêcher au Cercle nautique. Leurs rires sont faciles.

Sauf que le monde extérieur et sa folie viendra grignoter leur univers. L’insouciance se fissurera pour laisser entrer des problématiques d’adultes, des préjugés malsains. Comme un venin qui se répand. Ce dont ils se foutaient devient soudain fondamental. Et toi, tu es Hutu ou Tutsi ? C’est sournois, la haine. Ça s’installe progressivement, dans une remarque, une blague, une petite provocation. Puis de plus en plus fréquemment. De plus en plus violemment. Des confrontations verbales, physiques et bientôt il faut choisir son camp : avec moi ou contre moi.

On ne sait pas vraiment pourquoi on déteste l’autre, mais l’effet de groupe devient insensé. Trop fort pour qu’on s’y oppose sans risquer sa peau. Les amis avec qui on riait hier deviennent ceux sur qui un jour, peut-être, on pointera une arme.

Les défis innocents pour souder la bande laissent place aux actes meurtriers pour prouver qu’on appartient à une ethnie. Faire payer.

Catapultés dans un monde d’adultes, les enfants s’arment de grenades, de kalachnikovs. Les blancs fuient. La guerre est là. Gabriel n’aura de cesse de se réfugier dans les livres prêtés par sa voisine grecque, pour fuir en imaginaire vers d’autres possibles. Jusqu’à l’irréparable…

Petit Pays est un récit sensoriel qui illustre le basculement du paradis à l’enfer, sans qu’on ne puisse identifier clairement la transition ; la blessure immense laissée par l’abandon de sa terre adorée, pour survivre. Ce livre est la toile de fond de l’album « Pili pili sur un croissant au beurre ». Une réussite glaçante.

Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels – Ovidie, Diglee

De quoi on parle ?, Lectures

Le sexe est partout. En trois clics on accède gratuitement à du porno. Toutes les 3 rues on est assailli de mannequins dénudés au regard lascif, supposés vendre du parfum. Même les paroles des chansons ou les clips invitent à parler cul.

En terrasse entre ami.e.s, il faut en faire des caisses. Combien de fois tu as baisé cette semaine ? Avec qui ? Dans quelle(s) position(s) ? Quoi tu n’aimes pas la fellation ??

Le sexe est devenu un impératif normé comme un autre, avec ses codes à respecter. Fellation/missionnaire/levrette/éjaculation faciale. Fin de l’histoire. Si ce n’est pas votre came, vous avez un problème. Circulez.

« Libres » est un manifeste qui nous invite à déconstruire cette pression supplémentaire et à nous poser des questions. A laisser de côté ce qu’on croit que les autres attendent d’un rapport et à se recentrer sur nous. Nos désirs, nos absences de désir, nos envies, notre rythme.

Ovidie, réalisatrice de documentaires et ancienne actrice X, et Diglee, dessinatrice, interrogent ce qu’on a trop intégré, au point de simuler une sexualité qui n’est pas la notre.

Voir et montrer plus de sexe fait-il qu’on en parle mieux ? Non. Les ébats avec une ou plusieurs femmes ayant leurs règles n’existent par exemple pas. C’est prétendument sale, là où les trois quarts des vidéos pornographiques mettent en scène des éjaculations masculines spectaculaires sans le moindre souci.

Les magazines féminins nous écrivent des bibles sur comment faire une pipe mais aucun ne parle de cunnilingus ou du facesitting. De même, il existe des fantasmes vu comme « cool », mais à sens unique. La sodomie sur les filles, pas de problème. Mais sur un homme c’est avilissant… Deux filles hétéros qui s’embrassent ? C’est excitant ! Mais un homme hétéro qui en embrasse un autre, c’est répugnant. Sans parler des clichés sur la sexualité homosexuelle. Deux lesbiennes sont forcément plus douces et ne peuvent pas faire grand chose sans pénis, bien sûr.

Les garçons sont encouragés à montrer leur sexe, à en être fiers. Les dicks pics sont légion, mais faire la même chose avec une vulve semble impensable. Souvent vue comme repoussante, beaucoup de jeunes filles ou de femmes en ont honte. Peu connaissent finalement leur anatomie, surtout quand ceux qui la représente la réduise à une fente.

J’ai le sentiment que cette sexualité relève davantage de la performance que du plaisir. Elle fait partie de la liste à cocher pour être « normal.e ». Voiture : check, poste de cadre : check, mariage : check, rapport sexuel d’une demi-heure tous les deux jours : check.

Il n’y a pas de mal à éprouver du plaisir dans cela, si c’est choisi. En revanche, si on n’a pas envie de faire des plans à 3, de tester tout le Kamasutra ou qu’on déteste lécher son/sa partenaire, ça ne fait pas de nous un.e coincé.e.

Les femmes sont trop éduquées à faire plaisir. A exécuter plutôt qu’à dire ce qu’elles veulent ou ne veulent pas. Faire semblant ne rend service à personne. On en ressort frustrées et on donne les mauvaises infos à notre/nos partenaire.s qui vont réitérer les mêmes « erreurs ».

Et puis ça rend fou, toutes ces injonctions contradictoires : aimer ça, mais pas trop, vouloir tout tester mais pas trop non plus. Être sexy, pas prude, mais pas non plus trop salope sinon on n’est pas respectables.

Les hommes quant à eux, focalisés sur la notion d’exploit, s’interdisent beaucoup. Faire jouir devient une obligation, davantage pour assurer sa virilité que pour l’acte en lui-même. Toutes ces méthodes pour « satisfaire ces messieurs en 10 conseils » reviennent également à dire qu’ils fonctionnent de la même façon. Ce ne sont plus des individus avec leur fonctionnement propre, mais de grandes catégories uniformes.

Pourtant, qui sait réellement que ce n’est pas parce qu’un homme éjacule qu’il a un orgasme ? Savent-ils vraiment en reconnaitre un chez leurs partenaires féminines ? Je vous invite à écouter ce podcast, une discussion ouverte et sincère ou 4 hommes se mettent à nu.

La culture du sexe met en avant des modèles, et exclut tout un panel du « marché de la baise ». Les mommy porn sont par exemple scriptés pour qu’une jeune héroïne naïve cède peu à peu aux fantasmes osés (mais pas trop) d’un homme riche et puissant. L’apiculteur, l’informaticien, ou le mec au RSA ne sont clairement pas érigés au rang de fantasmes. Comme pour le travail, on gomme nos particularités pour se conformer à ce qui est « bien ». Une imposture qui, en plus de nous rendre malheureux, nous rend interchangeable.

Bref, lisez ce livre/BD décomplexant pour prendre du recul et vous lâchez la grappe. Que vous ayez des poils ou pas, un.e partenaire ou pleins, que vous aimiez une sexualité douce ou plus brutale ou que vous n’ayez tout simplement rien envie de faire, vous êtes normal.e. C’est votre corps. Et si quelqu’un vous dit le contraire, assommez le avec ce manifeste. 😉

Dilili à Paris

De quoi on parle ?

Dilili est une petite fille noire, arrivée depuis peu dans le Paris de la fin 19ème. Elle rencontre Orel, un jeune triporteur, et tous deux partent à l’aventure pour résoudre un mystère : l’enlèvement de filles par les Mâles-Maitres, une secte malfaisante.

Au travers de leur périple, ils vont rencontrer d’éminentes personnalités de l’époque comme les sculpteurs/trices Camille Claudel et Rodin, l’ingénieur Gustave Eiffel, l’actrice Sarah Bernhardt, les scientifiques Marie Curie et Pasteur, le clown Chocolat, l’artiste Mucha, la cantatrice Emma Calvé… qui vont chacun leur donner des indices et faire progresser l’enquête.

Dilili à Paris est une film d’animation profondément féministe et antiraciste. Les femmes et les filles sont enlevées par des hommes, persuadés que l’ordre de la vi(e)lle est menacé depuis qu’on les autorise à s’instruire, à converser librement et à se déplacer. Pour punition, elles sont réduites en esclavage, forcées à marcher à quatre pattes et servent même de chaises humaines. Elles ne parlent pas et n’ont plus le droit de montrer leur visage.

Une situation qui fait écho à notre propre époque ou celles qui dérangent sont violentées, décrédibilisées ou muselées.

L’héroïne est intrépide, courageuse, drôle. Elle peut faire autant qu’un garçon. Quand Orel est mordu par un chien enragé, incapable de pédaler, c’est elle qui le sauve. « Je suis plus petite mais je vais y arriver. Tu m’as aidée, maintenant c’est mon tour ». On est bien loin de la princesse passive.

C’est aussi elle qui capture le premier Mâle-maitre. La presse refuse d’y croire et préfère interroger l’important prince de Grande-Bretagne, témoin de la scène. Plutôt que de profiter des grâces qui ne lui reviennent pas, il s’éclipse et redirige les journalistes vers la vraie vedette. Savoir rester à sa place et ne pas abuser de ses privilèges, est une belle leçon a tirer de cette scène.

Dilili subit aussi le racisme. Trop blanche dans son pays, on la trouve trop noire en France. On s’étonne de son français parfait – appris avec la féministe Louise Michel – ce qui donne lieu à des échanges improbables : « toi parler français ? Comprendre moi ? ». Exaspérée et piquante, Dilili ne se démonte pas et rétorque à ceux qui la traite de guenon que leur ressemblance avec le cochon est flagrante…

Le chauffeur raciste et sexiste finit d’ailleurs par apprendre de ses erreurs, en constatant l’étendu des dégâts provoqués par les « Mâles-maîtres ». Si ce mouvement violent l’a d’abord attiré, il s’est vite rendu compte qu’il desservait tout le monde, hommes y compris. Contraints à vivre en sous-sol, ils ne font qu’asservir et privent l’humanité de la moitié de ses talents. Il finira par s’unir à Dilili et Orel pour mettre un terme à ce « projet de société » dont il ne veut pas. Un espoir qui montre que l’égalité des sexes et des genres n’est pas que l’affaire des femmes.

Au fil de l’intrigue, la sororité s’installe et les femmes s’unissent pour trouver des solutions. Face aux autorités corrompues et parfois défaillantes, elles utilisent leur pouvoir pour venir en aide à celles qu’on opprime.

Meeting au sommet entre Louise Michel, Sarah Bernhardt et Marie Curie

Ce film d’animation de Michel Ocelot (connu pour Kirikou et la sorcière) est également un bijou esthétique absolu. Vivant à Paris, je m’extasiais sur chaque plan. L’Opéra Garnier, Montmartre, les rues… le mélange entre les personnages dessinés et les décors tirés de photographies réelles sont une réussite.

A voir absolument, et à montrer à tous et toutes dès le plus jeune âge pour « marcher debout et plus jamais à quatre pattes » !

Just kids – Patti Smith

De quoi on parle ?, Lectures

Difficile de trouver les mots justes pour exprimer ce que cette histoire de vie a provoqué en moi.

On m’a vendu Just Kids comme une plongée dans l’univers rock n’roll des années 60/70 de New York. C’est vrai, mais incomplet. Le roman est surtout un journal intime retraçant le parcours complexe de deux artistes, liés par un amour inconditionnel.

A 21 ans, Patti Smith quitte sa campagne et la vie d’usine pour partir à l’aventure à New York. Elle n’a aucun plan, mais sa place n’est pas dans le New Jersey. Sa sensibilité à l’art, aux mots et son physique atypique lui valent les railleries de ses collègues. Sans le sou, elle passe ses premières semaines à dormir dans des parcs, et quémande de la nourriture à droite à gauche.

Loin d’être affolée, elle bombarde le quartier de CV en quête d’un emploi, et se rend chez d’anciens amis dans l’espoir de dormir au chaud. C’est là, par hasard, qu’elle croisera un jeune homme – Robert Mapplethorpe – pour la première fois.

Après ce jour, leurs chemins vont se croiser à plusieurs reprises. Une première fois lorsque Robert se rend dans le magasin où travaille Patti pour acheter un collier. Et une seconde fois, lorsque Patti lui demande de feindre être son petit ami pour échapper à un type louche en pleine rue (technique encore appliquée aujourd’hui…).

On ne peut pas s’empêcher de penser au destin en lisant ce livre. D’ailleurs Patti est superstitieuse et croit aux signes, tout comme moi.

Entre Patti et Robert c’est l’amour immédiat. L’amour fauché. L’un et l’autre s’épaule pour se réaliser individuellement en tant qu’artistes. Ils achètent des perles dans les brocantes, récupèrent des matériaux dans des poubelles, revendent des livres pour payer leur loyer, mangent un jour sur deux. Mais leur histoire est loin d’être linéaire. S’ils ont été en couple exclusif à leurs débuts, Robert a rapidement ressenti le besoin d’exprimer son homosexualité refoulée.

Dans Just Kids nous les suivons dans les différentes phases de leur relation. Tantôt vivant ensemble dans un appartement ou une chambre d’hôtel, tantôt seuls à quelques minutes l’un de l’autre ou parfois en étant en couple avec d’autres.

Le lien qui les unis est au delà de l’idée préconçue qu’on se fait de l’amour. Patti et Robert ont pris soin l’un de l’autre, ont toujours été là dans les moments difficiles quelque soit leur situation personnelle, et ont su s’encourager, se motiver pour donner le meilleur d’eux-mêmes dans leurs travaux. Ils ont toujours respecter leuros besoins respectifs, accepter les expériences et parfois les excès nécessaires pour mieux se connaitre individuellement.

Patti Smith and Robert Mapplethorpe 1969

Patti Smith and Robert Mapplethorpe 1969

Robert s’est prostitué, a été influencé par le milieu BDSM, a consommé des drogues fréquemment, et a frôlé la mort plusieurs fois, jusqu’à être emporté par le SIDA à 42 ans.

Ce roman est avant tout une promesse. Celle que Patti a faite à Robert sur son lit de mort, de raconter leur histoire singulière. Just Kids retrace également le parcours qui les a mené au succès. Adepte de la peinture, des installations et des collages, Robert s’éprendra finalement de la photographie pour lequel on le connait aujourd’hui. Patti, quant à elle, a toujours été amoureuse de la poésie, vouant un culte à Rimbaud. Le hasard l’amènera petit à petit vers la musique.

J’adore sa personnalité. Les toilettes sont trop loin de chez elle ? Elle pisse dans un bocal. Elle est fauchée ? Elle récupère tout ce qui traine pour le vendre plus cher. J’aime son goût pour les vêtements originaux chiner en friperie. Sa spontanéité lorsqu’elle se rend à Paris sur les traces des artistes qui l’inspire, quitte à chopper des poux dans des chambres crasseuses. Son instinct la guide.

Malgré leur détermination et leur envie, ce couple d’amis/amants/amours serait probablement resté dans l’anonymat sans les rencontres qu’ils ont faite tout au long de leur vie. Au détour des pages, on croise ainsi Jimi Hendrix, Janis Joplin, Andy Warhol ou des mécènes qui ont, un jour, cru en eux.

Une histoire touchante de deux âmes habitées, tour à tour muse et artiste, ayant fui la vie pensée pour eux.

Kiffe kiffe demain – Faïza Guène

De quoi on parle ?, Lectures

Doria vit en banlieue parisienne avec sa mère, seule, depuis que son père est parti au Maroc retrouver une autre femme. A priori sa vie n’a rien à voir avec la mienne, et pourtant je me suis revue adolescente dans cette jeune fille de 15 ans.

Une fille qui parle peu, mais qui observe beaucoup. Extra-lucide sur le monde qui l’entoure, dans lequel elle se situe difficilement.

Son quotidien c’est les séances chez le psy qui lui fait voir des formes cheloues, les allées et venues d’une assistante sociale étalant son bonheur à la face des gens, sa mère exploitée dans un Formule 1 pourri et des discussions mystérieuses avec Hamoudi, un grand de la cité trop souvent défoncé.

Mais Doria n’est pas fataliste. Elle voit les choses telles qu’elles sont. Ni plus colorées, ni plus sombres. C’est le mektoub, comme elle dit, le destin.

Cette ado est un modèle de maturité. Tout le monde se fout d’elle parce que ses fringues ont été achetées dans un vide grenier et ne sont pas à la dernière mode. Ça la touche, ça l’emmerde. Mais son bonheur n’est pas de plaire aux fashionistas de cour de récré. C’est de voir que ça fait plaisir à sa mère d’avoir déniché « un super sweat ».

Sa mère, elle la protège, elle l’épargne, elle l’épaule. C’est elle qui lui fait ses papiers, qui lui lit ses courriers, qui l’aide dans ses cours lorsqu’elle reprendra une formation pour lire et écrire. Doria déteste ceux qui lui font la charité, qui humilient plus qu’ils n’appuient. « Vous venez au secours populaire pour prendre ? Moi je suis là pour donner ! D’ailleurs la robe que vous portez était à moi, non ? »

Elle supporte l’humiliation. Tout comme la misogynie ambiante. Son père aurait voulu un garçon. Quel échec d’avoir eu une fille… D’ailleurs être fille, elle s’en rend de plus en plus compte, c’est comme perdre à la loterie. On les contrôle, on les bats, on les enferme, on les marie…

Samra, une fille de la cité, a fui. Elle s’est barrée avec un breton qu’elle aimait et ça indigne tout le monde. Pourtant personne ne haussait un sourcil quand elle se faisait trainer par les cheveux par son frère, avant d’être frappée par son père. Elle est coupable d’aimer et on plaint la famille. Le monde à l’envers.

Des mecs comme ça, Doria n’en veut plus pour sa mère. Le père est parti pour une plus jeune. Tant mieux. Au moins maintenant elle peut travailler et faire autre chose que descendre ses bouteilles de vin vides.

Son cerveau tourne à plein régime. Elle observe, s’interroge. Elle voit qu’elle n’a quasiment aucune photo d’elle avant 3 ans. Qu’on n’a jamais accroché fièrement ses portraits dans l’appartement, qu’on ne parle pas d’elle comme de la 7ème merveilles du monde. Pas comme Nabil, son intello de voisin.

Ça aurait été comment, si elle avait été un garçon ? Je me suis souvent posée la question. Ado, on ressent beaucoup les injustices, et celle-ci m’a toujours frappée. L’apprentissage a été long pour comprendre que ce n’est pas plus nul d’avoir un vagin qu’un pénis. Non, ce qui est nul c’est le système dans lequel on nous éduque. Cette supériorité masculine qu’on instaure en norme.

Comme Doria, j’ai beaucoup critiqué les filles autour de moi. Les « superficielles », maquillées, bien sapées, conformes aux attentes. Je ne me reconnaissais pas en elles, sans pour autant être intégrée auprès des garçons. « Les filles c’est nul ». Sexisme intégré qu’il faut apprendre à défaire. Un long chemin vers la sororité plutôt que la concurrence. Un long chemin pour comprendre que LA femme n’existe pas, mais qu’il y a DES femmes.

Et que les garçons aussi ont le droit de pleurer car comme elle dit, ça fait du bien donc pourquoi s’en priver ?

Doria est une ado piquante, qui parle exactement comme je parlais (et comme je parle toujours). L’écriture de Faïza Guène est très orale et me rappelle « le journal intime de Georgia Nicolson » de Louise Rennison. Loin d’être démodées, ses réflexions et sa personnalité résonnent aujourd’hui encore. Qu’on soit de banlieue ou pas.

Kiffe kiffe demain n’est pas un écrit sur la cité. C’est une plongée dans les pensées d’une ado qui se construit dans un monde injuste, du mieux qu’elle peut. Qui n’accepte pas ce qu’on prévoit pour elle, et qui rêve en grand.

En avant, route ! Alix de Saint-André

De quoi on parle ?, Lectures

Je suis, depuis quelques temps, obsédée par le chemin de Compostelle. L’idée de partir à pieds pendant des centaines de kilomètres, en réfléchissant à soi et à sa vie résonne parfaitement avec ce dont j’ai besoin en ce moment.

En allant chez le libraire, j’avais simplement envie de lire un récit de voyage introspectif, vécu par une femme. On m’a proposée « Voyage d’une parisienne à Lassa » d’Alexandra David-Néel (dont je parlerai bientôt) et « En avant, route ! » d’Alix de Saint-André. Tiens tiens, un bouquin d’une journaliste partie faire trois fois « el camino », comme on l’appelle… J’embarque ! Il faut croire que le hasard fait bien les choses.

Le livre est écrit à la manière d’un carnet. Un ensemble de paragraphes et de notes que l’auteure a pris plus ou moins régulièrement pendant son périple. Si cela rend l’immersion totale au début, la longueur des phrases et le côté fouillis m’a ensuite fait décrocher.

Quoiqu’il en soit, si « En avant, route ! » n’est pas intéressant stylistiquement parlant, il apporte un bon nombre d’informations pour qui ne connait rien à l’aventure Compostelle.

J’y ai notamment appris que 4 chemins principaux permettent de rejoindre la ville de Santiago en Espagne, depuis la France : Tours, Vézelay, le Puy et Arles. Tous se réunissent à St Jean Pied-de-Port au Pays-Basque, avant de traverser la frontière espagnole. Et pour bénéficier des refuges tout au long du chemin, il est nécessaire d’avoir une credential, sorte de passeport du pèlerin, tamponné lors des différentes étapes.

Alix de Saint-André a fait trois fois le chemin en partant de différents points : Saint Jean Pied-de-Port en premier, puis le chemin anglais et ensuite St Hilaire St Florent où elle passe notamment par St Jean d’Angely, ville de mon adolescence que je pensais inconnue du monde entier avant d’en lire une description détaillée (#émotion).

Au cours de ces trois voyages, séparés par quelques années et plusieurs deuils, Alix apprend petit à petit à comprendre le véritable esprit du pèlerinage. Sa première tentative est avant tout un exploit physique pour cette fumeuse de 3 paquets par jour, et son attention est focalisée uniquement sur l’arrivée. Lorsque Raquel, sa camarade de périple, sera en difficulté, Alix préférera la laisser derrière pour ne pas être ralentie.

Petit à petit, elle réalise que le chemin est fait de rencontres, avec des personnages parfois haut en couleurs. Lors de son dernier chemin, elle marche presque tous les jours avec 7 hommes, avec qui elle partage le vin, les conseils pour soigner les ampoules, et les discussions parfois passionnées sur la foi. Elle tient également compagnie à un homme souffrant, qui transporte son sac à dos d’âne, ce dernier préférant brouter qu’avancer.

Sur le chemin, les statuts sociaux et l’âge doivent s’effacer. Ce qu’Alix prend pour de la générosité en payant la tournée des plus jeunes, est vite perçue comme une forme de supériorité financière. Malvenue. L’économie est de mise même quand on a les moyens. Un pèlerin se contente de peu et préférera s’acheter un baguette, un camembert et du chorizo, qu’un sandwich tout fait.

El camino est à la fois un temps pour être seul.e lorsqu’on le souhaite, ou accompagné.e si on en a besoin. Chacun à ses raisons de le faire, religieuses, personnelles, sportives… Mais tous aiment profiter d’une bonne bière espagnole ou d’un verre de rouge en fin de journée !

Alix dépeint un paysage tantôt paisible, tantôt ennuyeux et puant, voire dangereux avec des passages longeant les autoroutes.

Je regrette que sa première expérience soit trop ponctuée d’élipses. On la suit dans les premières étapes puis directement à la fin sans savoir ce qu’il s’est passé entre. Le troisième pèlerinage est le plus fourni et retrace ses deux mois de marche intense.

Alix se surpasse, puisqu’elle décide de se rendre au Cap Finisterre – à 4 jours de marche de la dernière étape – où les pèlerins brûlent leurs vêtements face à la mer, pour marquer un renouveau. Autrefois, cette coutume était pratiquée avant l’entrée à Santiago, afin de débarrasser les pèlerins de leurs odeurs et de leurs miasmes pour pénétrer en terre sainte.

Le récit, bien qu’inégal, a le mérite de donner envie de boucler son sac ! Le côté religieux n’est pas trop présent, et l’auteure ponctue intelligemment son récit d’informations sur certains saints, au gré de son avancée.

Quand on sait qu’Alix a parcouru plus de 700 kms la première fois – à raison de 25 kms par jour – sans préparation physique et en fumant régulièrement, ça donne de l’espoir et du courage pour se lancer !

Blackkklansman

De quoi on parle ?

A 11 euros la place de ciné à Paris, le film qu’on choisi a intérêt à être bon… En l’occurrence j’ai adoré Blackkklansman, un très bon investissement pour un film de qualiteyy !

Années 70, Ron Stallworth, un jeune homme noir rejoint la police de Colorado Springs, aux États-Unis. Régulièrement humilié par certains de ses collègues du fait de sa couleur de peau, Ron tient bon, et a rapidement envie de bosser dans un service plus excitant que les archives.

Promu aux renseignements, il commence par infiltrer le groupe militant et révolutionnaire des Black Panthers, lors du discours d’un des leaders. L’objectif est de savoir si les sympathisants représentent un danger pour l’ordre établi, et pourraient faire germer des envies de révoltes chez les autres citoyens noirs.

Ron ne partage pas toutes les idées du mouvement – surtout la haine envers la police qu’il incarne – mais ne peut qu’adhérer au constat des violences injustifiées subies par les noir.e.s dans son pays.

Sur un coup de tête et après avoir vu une annonce, il contacte le Ku Klux Klan en se faisant passer pour un suprémaciste blanc afin d’infiltrer leur réseau et de mener l’enquête. Bingo, son histoire fait mouche, et l’un des dirigeants souhaite le rencontrer.

A partir de là, un enchainement de situation mi-stressantes mi-cocasses s’ensuivent pour lui et son partenaire Flip Zimmerman, sa doublure lors des rencontres physiques avec les membres du groupuscule. Flip est juif, et doit redoubler d’aplomb et de sang froid pour supporter les discours antisémites de ceux qui s’autoproclament « chevaliers ». On stresse quand Felix, le plus virulent du groupe, décide de le faire passer au détecteur de mensonges et demande à voir s’il est circoncit…

Le ton du film est très bien dosé entre humour et gravité, et les 2h15 sont bien rythmées. On rit jaune quand Ron est obligé, malgré lui, d’assurer la protection rapprochée de David Duke, le leader du Klan, on hallucine quand Félix et sa dulcinée se disent des mots doux sur l’oreiller à base de « on va tous les buter mon amour ça sera génial », et on serre les dents quand on découvre les cibles de shooting sur lesquelles s’entrainent les membres…

Le film est tiré d’une histoire vraie. J’ai adoré le personnage principal et sa volonté à faire changer les choses en allant là où on l’attend le moins, voire là où l’on considère que sa place n’est pas. Juif, blanc ou noir, les protagonistes de l’enquête sont tous réunis pour montrer la réalité d’une secte à la haine viscérale, qui essaie depuis plusieurs années de lisser son image pour toucher un maximum de personnes (tiens, tiens ça rappelle quelque chose…).

On ne peut que partager la déception et la colère de Ron et son équipe lorsque l’affaire sera étouffée pour éviter tout scandale, alors que plusieurs attaques contre la communauté noire ont été déjoués. Une injustice d’autant plus dure à avaler que le film se termine sur les images ultra choquantes de l’attentat de Charlottesville en 2017…