Stress scolaire, l’obsession de l’excellence

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Fréquemment associée au temps de l’insouciance, du jeu et de la légèreté, l’école demeure pourtant vectrice de stress, de peur et de malaise.
Pression des parents, angoisse de l’échec, course à la performance, le système éducatif français figure, aux côtés du Japon, parmi les plus élitistes au monde et l’un des moins bien classé en terme de bien-être scolaire.
Selon l’OCDE en 2009, seul 21,4% des enfants de 11, 13 et 15 ans déclaraient en effet, aimer aller à l’école.
Comment expliquer ce chiffre?

Le statut de la note

En milieu scolaire la note évalue moins les compétences de l’élève que ses chances de réussite future.
Plus qu’un indicateur lui permettant de comprendre ses erreurs et réussites, la note est en effet un passeport pour l’avenir, un élément influant sur les chances d’intégrer une école, ou d’obtenir un métier.
« Si tu n’as pas eu de bonnes notes, tu ne peux pas avoir de mention à ton bac, si tu n’as pas de mention, tu ne peux pas intégrer d’école réputée, si tu n’as pas intégrer d’école tu ne pourras pas espérer occuper un emploi respectable »
Avec un tel enjeu, difficile de ne pas céder à la panique ou de ne pas être tétanisé.

Le rapport à l’autre

La note régit également le rapport des élèves entre eux, qui ne travaillent pas dans une logique de coopération et de solidarité mais plutôt dans un état d’esprit de compétition et de comparaison permanente.
Les notes classent, hiérarchisent, punissent ou récompensent, à tel point qu’une élève du reportage de Stéphane Bentura, publié en bas de page, confesse que « si son amie avait été meilleure [qu’elle, elle] ne l’aurait pas aidé »
Il ne faut pas seulement être bon, mais il faut être meilleur que les autres.
En France, en cas d’ex-equo, il faut absolument départager les vainqueurs pour effectuer un classement, il y a toujours un gagnant et un perdant.

La pression parentale

Comme le montre très justement le reportage, les parents contribuent à ce système autant qu’ils le subissent.
« Je ne veux pas que mon enfant soit au chômage, ou dans une situation précaire, il faut donc qu’il réussisse »
Échouer à l’école, c’est être marginalisé.

Les parents, par souci de faire au mieux, l’ont bien compris et poussent leurs enfants à être toujours plus performants, quitte à sacrifier leur temps de loisirs ou leur temps libre sur l’autel de l’apprentissage.
Cours particuliers, longues heures de devoirs, cahiers de vacances, les parents déploient les grands moyens pour voir réussir leurs enfants, car si la mauvaise note solde un échec chez l’élève, elle reflète également la capacité de l’éducateur à remplir ou non, le rôle qui lui incombe.
« S’il (elle) a eu cette note, c’est peut-être, en partie, parce que je n’ai pas fait tout ce qu’il fallait pour qu’il/elle réussisse. »

Un cercle vicieux en somme, qui ne peut qu’ajouter une pression supplémentaire sur les épaules de l’enfant. Celui-ci n’entre plus dans une démarche où il travaille pour lui-même, mais essaie tant bien que mal de ramener la tant attendue « bonne note » pour faire plaisir à son entourage, engendrant le sentiment de « n’être qu’un cobaye », un « trophée pour les parents », comme l’exprime l’un des collégiens du reportage.
Il s’agit de ne pas décevoir en se montrant à la hauteur des attentes fixées, mettant en péril les conditions d’épanouissement et d’estime de l’enfant.

Le milieu scolaire

Une des causes de la pression scolaire résulte dans la peur du redoublement. Outre le sentiment d’échec, l’élève subit bien souvent un déracinement, il n’est plus avec ses ami(e)s et doit s’intégrer à une nouvelle classe.
Valérie Merch-Popelier, secrétaire générale de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), regrette que, « parce qu’ils ont des difficultés dans quelques matières, ces élèves doivent refaire le programme entier, sans tenir compte d’autres matières qu’ils ont pourtant réussies l’année précédente ».
Cela peut, ajoute-t-elle, provoquer découragement et démotivation.

D’autre part, l’élève subit un rythme scolaire commun à tous, le faible effectif du personnel scolaire en France ne permettant pas d’avoir un accompagnement personnalisé en fonction des difficultés éprouvées par chacun.

Il est, en outre, fondamental d’aborder la pression pesant sur les professeurs.
Peu valorisé, mal payé, ponctué par des relations parfois complexes avec les parents, et soumis à la pression de terminer le programme à temps, ce ne sont pas leurs qualités (ou défauts) qui sont remis en question, mais bien leur formation qui occulte toute la dimension «humaine» entre professeurs et élèves.

Le manque de sens dans l’apprentissage

En France, les élèves passent de 25 heures à 28 heures par semaine au collège, et entre 30 heures et 40 heures au lycée.
L’école est autrement dit, leur seconde maison, qu’ils ne s’approprient pourtant pas.
Dans le reportage, les jeunes ont le sentiment de devenir des « machines à travailler », en « se gavant de savoirs » rythmé par « beaucoup de travail ».
L’application concrète de ces apprentissages n’est pas toujours claire, et, les élèves apprennent souvent par cœur, sans comprendre, dans l’espoir de réussir leurs examens.

L’objectif de réussite devient le but ultime, au détriment du plaisir de l’apprentissage.
Il faut obtenir la garantie d’un avenir qui en vaut la peine, quel que soit le prix à payer.
Une logique de plus en plus remise en question du fait de la panne de l’ascenseur social, les grandes écoles étant de plus en plus réservées aux héritiers.

Phobies scolaires et traumatismes liés à l’école

Il n’y a qu’à tendre l’oreille dans nos salles de classes pour se rendre compte qu’elles sont silencieuses. Maladivement silencieuses. Poser des questions, admettre que l’on ne sait pas, ou que l’on ne comprend pas est mal vu.
Le jugement, encore, toujours. Implacable et tellement angoissant.

Le droit à l’erreur n’existe pas, le faux pas est inenvisageable.
La sphère sociétale, familiale, scolaire et amicale est là pour le rappeler, il faut être le meilleur pour réussir, pour ne pas rester sur le banc de touche.

Un contexte d’épanouissement impossible qui génère de fortes frustrations, pouvant aller jusqu’à des troubles plus graves.
Pertes d’appétit, boule au ventre, vomissements, insomnies, crises d’angoisse ou de tétanie, les élèves deviennent malades d’un système qui exige la perfection, sans garantir une situation épanouissante ou stable à la clef.

Les performances scolaires occultent les véritables capacités des enfants, qui finissent pas ne plus croire en eux-mêmes, brisés par une machine impitoyable.
« J’ai le sentiment de jouer ma vie à 14 ans » révèle un jeune adolescent de troisième.
Une situation anormale et scandaleuse, surtout lorsque l’on sait que d’autres systèmes éducatifs plus épanouissants existent.

La Finlande par exemple, avec des journées scolaires moins denses demeure le pays où les élèves apprécient le plus se rendre à l’école, et où le niveau scolaire est le meilleur.

Pas de notes en dessous 16 ans, des évaluations visibles uniquement par les parents et les professeurs pour éviter aux enfants la pression et la comparaison entre eux, des effectifs d’encadrement élevé permettant un suivi approfondi des élèves, une valorisation des activités manuelles et des compétences autres que scolaires, ainsi qu’un seul établissement de l’âge de 7 à 16 ans pour les enfants, afin d’éviter la coupure et le stress.
Autant de points dont devraient s’inspirer la France, pour le bien être de tous, si celle-ci acceptaient de reconnaitre ses torts.

Lison Herledan pour jaiouiedire

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