Un court métrage, un souvenir douloureux.

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« Parce que ce sont des enfants on ne devrait pas prendre les attouchements au sérieux c’est ça ? » Quand le machisme s’immisce dans les cours de récrés…

Merci Monsieur Roulliat

Comme chaque jour ou à peu près, je surf sur internet, avec un but de départ très vite dissipé par un flot de grand n’importe quoi, dans lequel je me noie volontiers.

Une notification sur Facebook me sort de cet état de déperdition chronophage : un tagg d’une amie sous l’article « machisme ordinaire, un court métrage percutant sur l’injustice du sexisme »

Intriguée, je consacre alors deux minutes de mon temps au visionnage du travail de Fabrice Roulliat.
On peut y voir une jeune fille et un jeune garçon dans le bureau de la directrice, la jeune fille étant accusée d’avoir frappé son camarade de classe au visage.
Après quelques questions posées par la mère de la prétendue coupable afin de comprendre les agissements de sa fille, la petite, mal à l’aise, explique avoir subi plusieurs attouchements en classe de la part de son camarade.

Ses mains sur le genou, sur les cuisses, à plusieurs reprises, sans que le professeur ne sanctionne les gestes, ont poussé la fillette à réagir seule pour faire cesser ces violences.

Car oui, c’est bien de cela dont il s’agit; une fille n’est pas un terrain d’exploration qu’on peut expérimenter à sa guise, en se passant bien de son opinion sur le sujet.

film_roulliat

En visionnant ce court métrage, un souvenir m’est revenu, souvenir que mon esprit à certainement pris le soin d’enterrer au fond de ma mémoire, mais qui a marqué pendant plusieurs années mon passage en primaire.

J’étais en CE1, un nouveau était arrivé dans ma classe et s’était très rapidement affilié à un groupe d’éléments perturbateurs.
Mon père l’aimait bien, il lui faisait penser à lui lorsqu’il était jeune, alors par extension, je suppose que je l’aimais bien également.
Un jour, je ne me souviens plus pourquoi ni comment c’est arrivé, le groupe de 3 a commencé à me menacer de me faire des « trucs » à la récréation.

J’étais totalement terrorisée à l’approche du retentissement de la sonnerie, à l’idée de me retrouver seule avec eux.
Alors j’essayais de me faire oublier, ou de leur parler d’autre chose pour qu’ils n’y pensent plus.
Parfois ça marchait, parfois non.

J’ai souvenir d’une fois particulièrement où je jouais tranquillement et je les ai vu arriver vers moi.
Ils m’ont tenu à deux pendant qu’un troisième me touchait au niveau du sexe en frottant sa main sur ma culotte.

Je me souviens de leurs rires et de leurs regards presque trop flippants pour être ceux d’enfants.

J’ai été très perturbée à la suite de cette agression, je savais que ce n’était pas normal mais je n’en ai jamais parlé à personne, car je ne comprenais pas pourquoi j’avais été la cible de leurs jeux malsains, et pourquoi ce gamin que mon père appréciait, à qui on filait des bonbecs sur le parking avait soudain eu l’envie de me faire ça.

J’y pensais chaque été, lorsqu’on allait sur l’île d’Oléron et qu’on passait devant une société nommée « Agresse » (véridique) .
J’avais l’impression, peut-être idiote, que chaque fois que je voyais ce mot,  ce que j’avais vécu allait de nouveau se produire à l’école.

Avec le temps je suppose que je me suis efforcée d’oublier. Mais ça ne veut pas dire que « ce n’était pas si grave ».
Je ressens la peur en y repensant, le malaise, l’angoisse, la honte.
Ces émotions qui sont similaires à celles que j’éprouve quand un homme se donne le droit de s’arrêter en pleine rue pour me dire qu’il verrait bien ma bouche enserrer sa bite.

Le harcèlement n’a pas d’âge, et il n’est pas toujours conscient.
Que tu aies des enfants, que tu travailles avec eux, que tu en sois un, ou que tu penses en avoir, ne banalise jamais la violence et ne te donne jamais le droit de jouer avec un corps qui ne t’appartient en aucun cas.

Lison Herledan pour jaiouiedire

 

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